Le Violon du Diable, de Preston et Child

violon du diable

 

Faire une virée à deux
tous les deux sur les chemins
dans ton automobile
tous les deux on sera bien
et dans le ciel il y aura des étoiles
et du soleil quand on mettra les voiles

s´en aller tous les deux
dans le sud de l´Italie
et voir la vie en bleue
tout jouer sur un pari
toute la nuit danser le calypso
dans un dancing avec vue sur l´Arno

au milieu de la nuit
en catimini
E va la nove va la douce vie
on s´en ira toute la nuit danser le calypso en Italie
et boire allegretto ma non troppo
du campari quand Pari est à l´eau

Ou pas! Car, oui, pour ce premier volume de la Trilogie dite de Diogène, Preston et Child délocalisent une bonne partie de leurs enquêtes teintées de surnaturel en Italie, et plus précisément à Florence, et franchement ce dépaysement est rafraichissant.

Bon, on ne va pas se mentir, c’est dur Pendergast pur et donc j’ai adoré retrouver cet énigmatique animal à sang froid, mais ( punaise! y a un mais!!!), mais je disais, malgré un départ sur les chapeaux de roue, certains aspect de cet opus me paraissent moins aboutis que d’habitude.

Pas de souci majeur du côté de l’intrigue principale: cette histoire de victimes à la Faust, la quête du Stradivarius ultime, les déboires de nos héros prisonniers d’une lugubre citadelle Toscane, le thriller tient toutes les promesses du genre. Ce qui m’a gênée, ce sont les à-côtés ( dont j’ai désespérément attendu qu’ils se raccrochent quelque part): l’ambitieux journaliste  Harryman et ses articles sur les adeptes de l’Apocalypse, l’affaire des missiles pour le compte des Chinois … ma foi…

Ce qui en revanche a fait frétiller ma nature fleur bleue, ce sont les amours naissantes de Pendergast pour une mystérieuse îlienne qu’il a promis de combler ( en lui rendant son violon, on se calme les filles) et celles de Vincent D’agosta avec la pétillante Laura Hayward ( parce que non, franchement ce bon vieux Vince ne méritait pas de se faire jeter par sa conne d’ex-femme): affaires à suivre, donc….

Enfin, il y a la fin: quelle fin! Juste parfaite:  un cliffhanger d’anthologie!

Je recommande donc, et passe à Danse de Mort, la suite, au plus vite.

Le Pitch:

Qui, sinon le Malin, a tué Jeremy Grove, le critique d’art dont le corps calciné a été retrouvé dans le grenier de sa demeure… fermé de l’intérieur ? Une chaleur suffocante, une insoutenable odeur de soufre et, surtout, reconnaissable entre toutes, cette empreinte de pied fourchu…
Le violon du diable…
Lorsqu’un deuxième cas tout aussi mystérieux de combustion spontanée est signalé, le doute n’est plus permis. Sauf pour l’inspecteur Aloysius Pendergast, du FBI, qui ne peut accepter cette hypothèse effrayante.
Ses accords ressemblent à un cri d’effroi…
Des villas luxueuses de Long Island aux châteaux hantés de Toscane, Pendergast, épaulé par le sergent D’Agosta, son partenaire de Relic (Laffont, 1996), se lance sur les traces d’un démon de chair et de sang, puisque mélomane.
… et Pendergast pourrait en être la prochaine victime !
Des meurtres inexplicables… Un Stradivarius aux pouvoirs maléfiques… Une conspiration remontant à la Renaissance… Avec Le Violon du diable, les maîtres du thriller d’aventures ont frappé un grand coup !

Les premières lignes:

Agnès Torres rangea sa petite Ford Escort blanche sur l’esplanade aménagée derrière la haie et fut accueillie à sa descente de voiture par l’air frais du matin. La haie, haute de plus de trois mètres, était aussi impénétrable qu’un mur de brique et c’est tout juste si Agnès apercevait le toit de la grande maison depuis la rue, mais la rumeur des vagues et la forte odeur d’iode étaient là pour lui rappeler la présence de l’océan, tout proche.

Agnès verrouilla soigneusement son auto. On n’est jamais trop prudent, même dans un quartier comme celui-ci. Puis elle sortit de son sac un trousseau de clés et glissa la plus imposante dans la serrure de la lourde grille barrant l’entrée de la propriété. Le battant métallique s’entrouvrit sur une vaste pelouse, flanquée de dunes, descendant en pente douce vers la plage. Elle avait à peine franchi le portail qu’une diode lumineuse rouge se mit à clignoter furieusement. Agnès se précipita sur le boîtier installé à l’entrée du jardin et composa le code d’un doigt nerveux. Elle disposait tout juste de trente secondes avant que l’alarme ne se mette en route. Un jour où elle avait laissé tomber son trousseau de clés, elle n’avait pu composer le code assez vite et la sirène s’était déclenchée, réveillant tout le quartier et ameutant trois voitures de police. Elle n’avait jamais vu M. Jeremy aussi enragé que ce matin-là, il lui avait fait une scène épouvantable.

La diode vira au vert et Agnès referma la grille derrière elle avec un soupir de soulagement, puis elle se signa et sortit de son sac un chapelet dont elle caressa respectueusement le premier grain. Prête à affronter son lot quotidien, elle traversa la pelouse sur ses jambes courtaudes tout en récitant une litanie de « Notre Père » et de « Je vous salue Marie » en espagnol. Pour rien au monde Agnès Torres n’aurait oublié de dire une dizaine de prières avant de pénétrer chez M. Grove.

Au fil des pages:

Le sergent contourna la pelouse, soucieux de ne pas gêner les types du labo. Derrière une haie, accroupi devant une petite mare, il remarqua un type à la dégaine incroyable occupé à donner du pain à une famille de canards. Avec sa chemise hawaïenne, son short trop grand et ses lunettes de soleil de plouc, il avait la panoplie du parfait peigne-cul. On avait beau être en automne, il était blanc comme un cachet d’aspirine. Si le sergent n’avait rien contre les journalistes et les photographes, il détestait les touristes qu’il considérait comme la lie de la société

L’Effet Papillon, de Jussi Adler-Olsen

effetpapillon

Voici donc le cinquième volet des rocambolesques et nordiques aventures du Département V et mon verdict est franc et définitif: encore un véritable succès! Quel plaisir de retrouver notre trio d’enquêteurs aussi atypiques qu’attachants!

D’abord il y a le chef de meute quasi incontesté( bien que souvent rudoyé) , j’ai nommé, Monsieur le ronchon patachon de compet’: Carl Mock; comment ne pas craquer pour ce loser/lover en plein questionnement sentimental? Ensuite, le lecteur retrouve avec plaisir le mystérieux Assad: toujours aussi haut en couleur après ses déboires de Dossier 64; ce volume permet, en partie, de lever le voile sur une partie de son trouble passé au Moyen Orient. Et enfin il y a Rose, la « secrétaire » punkette en mal d’embrouilles. Bref, la fine équipe, au complet!

Côté enquête, on a à nouveau quelque chose de très bien ficelé et riche à la fois, sur une toile de fond aux problématiques contemporaines: immigration, traitement des Roms, exploitation des minorités… le tout avec des personnages secondaires profondément humains. Au centre de l’intrigue, une sombre histoire de détournement de fonds, de malversation au détriment d’un projet humanitaire au Cameroun, qui vient heurter de plein fouet le destindéjà bien sombre d’un gitan ( qui en fait n’en est pas un), en la personne clé de Marco;

L’écriture est toujours aussi jubilatoire et le rythme plutôt relevé. Je me répète mais c’est une réussite, d’autant que Jussi Adler-Olsen parvient à nouveau à ne pas reproduire une recette miracle: vivement la suite… c’est pour le mois prochain si j’ai bien suivi.

Le Pitch:

Marco, un adolescent de quinze ans, a passé toute sa vie au sein d’une bande de jeunes voleurs exploités par son oncle Zola. Un jour, alors qu’il essaie de sortir de la clandestinité, il découvre le cadavre d’un homme, lié à des affaires de corruption internationale, dans le bois derrière les maisons de son ancien clan, et doit fuir, poursuivi par son oncle qui veut le faire taire.

Parallèlement, l’enquête du Département V sur la disparition d’un officier danois, piétine. Du moins, jusqu’à ce que Carl Mørck ne découvre qu’un jeune voleur, Marco, pourrait avoir des informations pour résoudre ce cold case.

Déjà traqué par la bande de Zola, Marco déclenche malgré lui un tsunami d’évènements et se retrouve avec des tueurs serbes et d’anciens enfants soldats sur le dos. Aucun moyen ne sera épargné pour l’éliminer et gagner le département V de vitesse.

Les premières lignes:

Le dernier matin de la vie de Louis Fon eut la douceur d’un murmure.

Il se leva de sa couche, les yeux pleins de sommeil et la tête un peu lourde, donna une petite tape sur la croupe de la gamine qui lui avait caressé la joue pour le réveiller, essuya la morve qui coulait du nez brun de la petite et glissa les pieds dans ses tongs posées sur le sol enterre battue.

Il s’étira et cligna des yeux dans la pièce baignée de soleil, emplie des caquètements stridents des poules, et des cris plus éloignés des garçons, ocuipés à couper des régimes de bananes en haut des musas.

Quelle paix, songea t-il en humant l’odeur épicée qui se dégageait du village. Seul le chant des Pygmées bakas autour d’un feu de camp sur l’autre rive du fleuve pouvait lui procurer plus de plaisir que ce parfum-là. Il était toujours heureux de retourner dans le territoire de Dja et le village bantou reculé de Somolomo.

Au fil des pages: ou Assad et sa lubie des camélidés

Assad hocha la tête. « Ha ! Vous avez marché, chef. C’est comme le chameau qui apprend qu’il doit s’accoupler avec une femelle dromadaire… »
Et il se tapa sur la cuisse en hoquetant de rire.
Carl ne chercha pas à comprendre l’allégorie.

ou encore:

Vous ne savez pas que le dromadaire a deux raisons de lâcher un pet ? » Dieu du ciel, non ! Pas encore une histoire de dromadaires ! « Soit c’est parce qu’il a mangé trop d’herbe, soit c’est pour faire un peu de musique sous le soleil du désert.

Le Pape, le Kid et l’Iroquois, de Anonyme

 

Anonyme-Pape-OkComment vous dire mes loulous….Le Pape, le Kid et l’Iroquois c’est un peu, beaucoup, comme un épisode des Expendables: vous prenez la fine fleur des tueurs en série complètement déglingos du bulbe, vous les faites se rencontrer autour d’une intrigue totalement improbable et devinez un peu? Ca marche!

Bon du coup, forcément, je déconseille vivement si vous n’avez pas lu les échanges de torgnoles précédents, car non seulement Anonyme réutilise de façon jubilatoire ses héros fétiches, mais certains personnages très secondaires font aussi leur come back et là, c’est l’entorse de neurones garantie.

Sinon, à nouveau je préfère mettre en garde mes  rares et chastes lecteurs ( s’il en reste, des chastes je veux dire…), non, au grand jamais on n’offrira ça à Tata Odette au pied du sapin, sauf si vous ne voulez pas qu’elle vous adresse la parole dans les 10 ans à venir ou qu’elle vous couche sur un testament quelconque : c’est gratuitement  toujours aussi trash, crade, scat et j’en passe ( voilà vous êtes prévenus!)

On va pas se mentir, ce qui fait l’intérêt de ce « cross -over  » c’est la truculence ( oui c’est comme ça j’avais envie de dire truculence ) des personnages, leurs dialogues impayables et leurs techniques de combat à mourir de rire ;désolée, j’peux pas en dire plus sinon c’est gâcher mais sachez qu’il sera question de « coups de poing foireux », du coup du pingouin et d’oeufs Kinder…

Le tout c’est de s’y retrouver entre Mozart, Frankenstein, Dr Jekyll, le sosie de Bono, celui de Britney Spears, le Bates Motel….. oui c’est un peu too much mais c’est l’idée, non? Le degré zéro de la crédibilité est atteint mais est-ce un problème?

Et ce Pape alors? mourra? mourra pas? Chuttt! Ce que je peux vous dire c’est que la résolution de cette question est aussi absurde qu’inattendue.

Après, honnêtement, question intrigue c’est un peu léger… j’attends mieux au prochain coup jeune homme!

Le pitch:

Vous aimez Grease, le Pape et les psychopathes ? La rencontre explosive du Boubon Kid et du tueur à l’Iroquoise… D’un côté, le Bourbon Kid, tenant du titre du tueur en série le plus impitoyable et le plus mystérieux que la terre n’ait jamais porté. De l’autre, avec plus d’une centaine de victimes à son actif, l’Iroquois, blouson de cuir rouge, masque d’Halloween surmonté d’une crête, challenger et sérieux prétendant au titre. Le combat s’annonce terrible. Dans les coulisses : une organisation gouvernementale américaine top secrète spécialisée dans les opérations fantômes, une nonne, un sosie d’Elvis, quelques Hells Angels et une cible de choix pour nos psychopathes frénétiques : le pape, en voyage secret aux Etats-Unis. Sur la musique de Grease, nous vous convions au spectacle littéraire le plus déjanté de la décennie.

Les premières lignes (ou presque):

« Le pape sera assassiné dans une semaine. »
Rodeo Rex fit claquer le cul de sa bouteille de Shitting Monkey, sa bière préférée, sur le comptoir du bar. « C’est ça, ouais, aboya-t-il. Arrête un peu de raconter des conneries ! T’espères quand même pas que je vais gober ça ? »
Il serra les poings pour éviter qu’ils ne partent malencontreusement dans le nez de la femme assise à côté de lui. S’il s’était agi de quelqu’un d’autre, ou si les circonstances avaient été différentes, il ne se serait pas gêné. « C’est qu’un ramassis de conneries », marmonna-t-il.
Rex était un Hells Angel. Plus précisément, il était le Hells Angel. Son identité chez les gangs de bikers tenait de la légende. Beaucoup de Hells Angels affirmaient l’avoir rencontré, certains affirmaient même avoir roulé à ses côtés, mais la plupart doutaient de son existence. C’était un biker doublé d’un chasseur de primes d’environ trente-cinq ans, pourvu d’une mauvaise humeur permanente. Et cette petite dame ne semblait pas savoir à qui elle essayait de faire avaler ses sornettes.
Le bar dans lequel il buvait était le PURGATOIRE, judicieusement situé dans une zone du désert connue sous le nom de Cimetière du Diable. À l’exception d’une station-service miteuse à quelques kilomètres de là, le Purgatoire était le seul endroit dans le Cimetière du Diable où l’on pouvait boire un coup.
La femme en question, celle que Rex soupçonnait de « raconter des conneries », était Annabel de Frugyn ou, comme elle préférait qu’on l’appelle, la Dame Mystique. Il était difficile d’avoir une idée précise de son âge mais, à vue de nez, Rex lui donnait bien soixante-dix ans. Les toiles d’araignées qui pendaient de ses cheveux gris et filasse ne jouaient pas en sa faveur, et ses vêtements n’arrangeaient pas vraiment les choses non plus. Elle portait un cardigan bleu démodé par-dessus une longue robe marron qui avait peut-être été, autrefois, d’une autre couleur.
Un peu comme Rex, la Dame Mystique avait également quelque chose de légendaire. La rumeur disait que ses cheveux étaient devenus gris lorsqu’elle était adolescente et qu’elle avait, à tout juste dix-sept ans, atteint le but ultime de sa vie en devenant une vieille diseuse de bonne aventure à l’hygiène plus que douteuse. Elle était célèbre pour sa capacité à prédire le futur, le seul problème étant que ses prédictions n’étaient jamais correctes à cent pour cent. Il y avait toujours un ou deux détails importants complètement faux. Ça faisait bien chier Rex, mais ce qui le faisait encore plus chier, c’était que les gens continuent à la prendre au sérieux.

Au fil des pages:

Il examina l’étiquette sur la bouteille. Ca ne l’avait jamais frappé jusqu’alors, mais Shitting Monkey, c’était quand même un nom curieux pour de la bière. Et le logo, qui représentait un primate en train de déféquer, une bouteille de bière à la main, que pouvait-il bien signifier ? Buvez cette bière et vous chierez comme un babouin le lendemain matin ? Elvis y réfléchit pendant quelques minutes. Peut-être était-ce une sorte d’avertissement subtil, comme les FUMER TUE sur les paquets de cigarettes. Plus il y pensait, plus il se disait que c’était probablement le cas. Il s’était plus d’une fois retrouvé coincé sur les toilettes à chier comme un babouin après des nuits de beuverie à la Shitting Monkey.

Les Apparences, de Gillian Flynn

LesApparences-289x470Oh baby baby

Have you seen Amy tonight?
Is she in the bathroom
Is she smokin’ up outside
Oh!

Car comment commencer ce billet autrement que par ces paroles du si sulfureux If You Seek Amy de la grande Brit Brit!

Parce que la question est bien là, omniprésente, hantant une bonne partie de ce parfait thriller: où est passée Amy? mais aussi qui est-elle vraiment?

Comment ne pas soupçonner Nick Dunne le tombeur, Nick Dunne le connard, dont l’innocence est aussi probable que la chasteté d’une disons, Miley Cyrus, c’est dire… On aimerait bien pouvoir le croire ce sombre crétin au coeur de pierre mais faisons simple: si ce n’est pas lui, qui est responsable de la disparition de son adorable femme?

Amy, c’est avant tout l' »épatante Amy », une « Martine » ( si! si! souvenez vous: Martine à la Plage, Martine chez ses Cousins, Martine suce des pralines, mais je m’égare…) version New-Yorkaise: une « enfant » star ayant grandi dans l’ombre de son double parfait; aussi, quand elle rencontre l’homme qui va l’aimer et la chérir pour ce qu’elle est vraiment, cça tourne carrément au conte de fée.

 

Oui mais non, parce que la crise s’en mêle et que les relations de couple: ben c’est pas aussi simple ( non, sans blague !! ).

Bref, quand Amy s’évanouit dans la nature, tout n’est plus si rose chez les Dunne; mais de là à parler de meurtre…

En fait tout est beaucoup mais alors beaucoup plus compliqué que cela en a l’air: d’où l’intérêt.

A nouveau: ce roman de Gillian Flynn est très bien écrit, encore mieux construit! Du flip total, jusqu’à la dernière page ( je vous jure ), et un finish, ma foi troublant!

Foncez je vous dis, foncez!

Le Pitch:

« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. »

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Charlie, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Charlie a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Charlie ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Charlie est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

Les premières lignes:

Nick Dunne

Le jour où

Quand je pense à ma femme, je pense toujours à son crâne. À la forme de son crâne, pour commencer. La toute première fois que je l’ai vue, c’est l’arrière de son crâne que j’ai vu, et il s’en dégageait quelque chose d’adorable. Comme un épi de maïs dur, luisant, ou un fossile trouvé dans le lit d’une rivière. Elle avait ce que les Victoriens auraient appelé une tête bien faite. Il n’était pas difficile d’imaginer la forme de son crâne.
Je reconnaîtrais son crâne entre mille.
Et ce qu’il y a dedans. Je pense à ça, aussi : à son esprit. Son cerveau, toutes ses spires, et les pensées qui circulent dans ces spires tels des mille-pattes impétueux frappés de frénésie. Comme un enfant, je m’imagine en train d’ouvrir son crâne, de dérouler son cerveau et de le passer au crible afin de tenter d’attraper et de fixer ses pensées. À quoi tu penses, Amy ? La question que j’ai posée le plus souvent pendant notre mariage, même si ce n’était pas à haute voix, même si ce n’était pas à la personne qui aurait pu y répondre. Je suppose que ces questions jettent une ombre funeste sur tous les mariages : À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’allons-nous faire ?

Au fil des pages:

C’est une responsabilité injuste qui accompagne l’état d’enfant unique – vous grandissez en sachant que vous n’avez pas le droit de décevoir, vous n’avez même pas le droit de mourir. Il n’y a pas de remplaçant pour accourir après vous ; c’est vous, et point. Ca vous donne un besoin irrépressible d’être parfait, et vous vous enivrez du pouvoir qui va avec. C’est de cette étoffe-là qu’on fait les despotes.

Un Avion sans Elle, de Michel Bussi

unavionD’accord la quatrième de couverture sent le Chatiliez cuvée La Vie est un long Fleuve Tranquille, mais Un Avion sans Elle est loin de l’être (tranquille).

L’intrigue de départ est plutôt simple mais elle sait éveiller et surtout attiser la curiosité du lecteur: qui est donc Lylie? La petite dernière de la prestigieuse lignée des si raffinés de Carville ou la petite soeur de Marc Vitral, pur produit du prolétariat Dieppois?

Sous la pression du peuple et des médias, les tribunaux vont trancher en faveur du clan Nordiste, mais on sent bien que les choses sont loin d’être réglées.

Le lecteur est donc invité à suivre les 18 ans d’enquête d’un privé aussi attachant qu’acharné: Crédule Grand-Duc, à travers la lecture de son carnet posthume, ultime cadeau à la mystérieuse miraculée.

Bon, évidemment vous vous doutez bien que je ne vous dis pas tout, hein? sinon c’est moins marrant…

J’ai beaucoup aimé les personnages secondaires, avec une mention spéciale pour Malvina de Carville, la « soeur » de Lyse Rose, aussi cinglante que complètement frappée. Allez, je passe pudiquement sur la dimension caricaturale de la plupart d’entre eux.

Ce qui est franchement bien fait, c’est que le suspense puisse tenir comme ça, sur plus de  500 pages, et ce malgré une écriture soyons directs, pas très recherchée. Un bon page turner, donc ‘ ( facilement adaptable au cinéma, tiens c’est bizarre que personne n’y ait encore pensé?) mais rien de mémorable.

Le Pitch:

Lyse-Rose ou Emilie ? Quelle est l’identité de l’unique rescapé d’un crash d’avion, un bébé de trois mois ? Deux familles, l’une riche, l’autre pas, se déchirent pour que leur soit reconnue la paternité de celle que les médias ont baptisée Libellule.
Dix-huit ans plus tard, un détective privé prétend avoir découvert le fin mot de l’affaire, avant d’être assassiné, laissant derrière lui un cahier contenant tous les détails de son enquête.
Du quartier parisien de la Butte-aux-Cailles jusqu’à Dieppe, du Val-de-Marne aux pentes jurassiennes du mont Terrible, le lecteur est entraîné dans une course haletante jusqu’à ce que les masques tombent.
Hasards et coïncidences ne sont-ils que les ricochets du destin ?
Ou bien quelqu’un, depuis le début, manipule-t-il tous les acteurs de ce drame ?

Les premières lignes:

23 décembre 1980, 00 h 33

L’Airbus 5403 Istanbul-Paris décrocha. Un plongeon de près de mille mètres en moins de dix secondes, presque à la verticale, avant de se stabiliser à nouveau. La plupart des passagers dormaient. Ils se réveillèrent brusquement, avec la sensation terrifiante de s’être assoupis sur le fauteuil d’un manège de foire.
Ce furent les hurlements qui brisèrent net le fragile sommeil d’Izel, pas les soubresauts de l’avion. Les bourrasques, les trous d’air, elle en avait l’habitude, depuis presque trois ans qu’elle enchaînait les tours du monde pour Turkish Airlines. C’était son heure de pause. Elle dormait depuis moins de vingt minutes. Elle avait à peine ouvert les yeux que sa collègue de garde, Meliha, une vieille, penchait déjà vers elle son décolleté boudiné.
– Izel ? Izel ? Fonce ! C’est chaud. C’est la tempête, dehors, il paraît. Zéro visibilité, d’après le commandant. Tu prends ton allée ?
Izel afficha l’air lassé de l’hôtesse expérimentée qui ne panique pas pour si peu. Elle se leva de son siège, réajusta son tailleur, tira un peu sur sa jupe, admira un instant le reflet de son joli corps de poupée turque dans l’écran éteint devant elle et avança vers l’allée de droite.
Les passagers réveillés ne hurlaient plus, mais ouvraient des yeux plus étonnés qu’inquiets.
L’avion continuait de tanguer. Izel entreprit de se pencher avec calme sur chacun d’entre eux.
– Tout va bien. Aucun souci. On traverse simplement une tempête de neige au-dessus du Jura. On sera à Paris dans moins d’une heure.

Au fil des pages: 

– Une belle fille comme vous … Vous n’avez pas l’air d’une professionnelle. Comment c’est possible ? Être là ? Quand on est si jolie ?
Lylie pencha vers Richard le tabouret, qui résista par miracle.
– Viens là, toi.
Brusquement, Lylie attrapa sa cravate, tirant la tête avec, et approcha l’oreille du prof contre sa bouche :
– Je vais te dire, la cravate. En vrai, je ne suis pas jolie. C’est un déguisement que je porte.
Richard prit une mine ahurie.
-Hein ?
– Mes jambes … Mes seins … Ma bouche … Ma peau … Tout ce que tout le monde mate, veut toucher, dans la rue, partout … Eh bien, c’est juste un déguisement, un truc de latex, comme en portent les plongeurs.
– Tu … Tu ?
– Je te mens pas. Tout le monde me croit belle, mais en réalité je suis un monstre en dedans.
– Tu …
– T’es bouché ou quoi ? Je t explique que je suis comme les lézards … J’ai plusieurs peaux. Tu vois, comme les monstres de la série V, à la télé, ceux qui ressemblent à des êtres humains mais qui sont immondes sous leur peau. Surtout leur chef, la fille, un reptile gluant dans le corps d’un super canon. Je suis comme elle, comme ces lézards qui bouffent des souris vivantes. Ça y est tu vois ce que je veux dire ?
-Heu, pas trop. Tu sais, les séries télé, moi je suis prof de …
Une traction sur la cravate lui coupa net le son.
– Je vais te dire autre chose, la cravate, de pire encore. Je ne suis pas toute seule, on est deux, à l’intérieur de la combinaison. Deux dans le même corps, tu le crois ça ?
– Ben heu… Je dirais que …
– Chut… Dis rien, ça vaut mieux.. Va falloir que j’y aille. Dans quelques minutes… Tu sais où ? Faut que j’aille faire un truc moche. Un truc dont je n’ai vraiment pas envie. Je me dégoute. Et pourtant, faut que je le fasse …

Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi

nelachepasVoilà voilà voilà… mon premier Bussi donc, sur les conseils de mes Bibliothécaires préférés, entr’autres.

Une évidence tout d’abord, Ne Lâche pas ma Main est une ode sans réserve à l’île Bourbon; c’est bien simple chaque ligne est tamponnée certifiée 100% Réunionnaise : tout tout tout y passe, de la Dodo au Voile de la Mariée en passant par le sega, les pique niques familiaux… rien, pas un détail n’est oublié. Du coup, dépaysement je dis oui, overdose de détails qui donnent un aspect guide touristique à l’ensemble, oui aussi, et c’est un chouill’ dommage. Mais non, m’a expliqué la dame des livres ( comme dirait ma fille), ce n’en est que meilleur: mouais…

Sinon, Ne Lâche pas ma Main est un chouette polar, classique, bien construit. Difficile de lâcher l’affaire avant d’avoir eu le fin mot de l’histoire: pas moyen de trancher; coupable ou pas coupable le mystérieux Martial Bellion? Qu’est il advenu le la sublissime Liane? Que s’est il passé quelques dix ans plus tôt? Comment est mort le petit Alexandre?

Autant de questions qui ne trouveront leur réponse que dans les toutes dernières pages…

Les personnages sont caricaturaux, certes, mais attachants,  avec un duo d’enquêteurs Aja/ Christos efficace, un suspect qu’on aimerait tant pouvoir croire, une pestouille qui va s’avérer avoir beaucoup de cran et j’en passe et des meilleures…

Bref, de quoi passer un bon moment, de quoi rêver et d’évader aussi!

Le Pitch:

Soleil, palmiers, eaux turquoise de l’île de La Réunion et un couple amoureux. Cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. La femme disparaît de sa chambre d’hôtel. Son mari, soupçonné du meurtre, s’enfuit en embarquant leur gamine de six ans. Le plan Papangue, équivalent insulaire du plan Epervier, enclenche une course-poursuite vite ponctuée de cadavres, dans un décor prodigieux et au cœur de la population la plus métissée de la planète. Un polar qui cogne comme un verre de punch. A déguster vite, fort et frais.

Les premières lignes:

Saint-Gilles-les-Bains, île de La Réunion
Vendredi 29 mars 2013

Quelques pas mouillés

15 h 01

– Je monte une seconde à la chambre.
Liane n’attend pas de réponse, elle informe juste sa fille et son mari, enjouée, radieuse, tout en s’éloignant déjà de la piscine.
Gabin, derrière son bar, la suit des yeux avec une discrétion professionnelle. Cette semaine, Liane est la plus belle fille de l’hôtel Alamanda. Et de loin… Pourtant, elle n’est pas exactement le genre de touristes sur lesquelles il aime laisser traîner les yeux, d’ordinaire. Petite, très fine, presque pas de seins, mais elle possède un je-ne-sais-quoi de classe. Sa peau encore blanche, peut-être, avec un bouquet de petites taches de rousseur qui commencent à pointer dans le bas de son dos, juste au-dessus de son maillot émeraude et or. Ce petit cul qui s’éloigne aussi, qui se balance doucement comme un fruit vert bercé par le vent. La fille, pieds nus, semble marcher sur la pelouse sans briser le moindre brin d’herbe. Gabin la suit encore du regard jusque dans le patio, après les transats blancs, à moitié dissimulée par un palmier trop maigre. La dernière image qu’il a d’elle, c’est ce qu’il dira à la capitaine Purvi, c’est de la voir faire tomber discrètement le haut de son maillot ; la fugitive vision sexy d’un dos nu, d’un sein blanc, d’une moitié de téton, juste le temps qu’elle attrape sa grande serviette coucher de soleil et qu’elle l’enroule autour d’elle.

Au fil des pages:

Des crétins de métropole lui demandent parfois si les saisons de lui manquent pas, s’il n’en a pas assez du ciel bleu chaque matin, des feuilles qui ne tombent pas des arbres, du soleil qui se couche chaque jour à la même heure…
Eux prétendent n’apprécier vraiment le printemps qu’après trois mois de pluie, ne savourer vraiment les vacances que lorsque la voiture quitte le ciel gris pour le mistral …
Débile.
Comme s’il fallait vieillir pour apprécier le temps qui passe, s’imposer une semaine de régime pour mieux apprécier un bon repas. Se priver pour mériter le plaisir. Vieille morale judéo-chrétienne. Ou musulmane. Ou bouddhiste.

Le Dernier Homme, de Margaret Atwood

atwood1Ah… renouer avec un bon vieux Margaret Atwood, c’est toujours un plaisir! Le Dernier Homme est, je l’ai appris après coup, le premier volume d’une trilogie d’anticipation flippante et réaliste à souhait.

Vous avez suivi, l’bazar c’est avant tout l’histoire dudit dernier homme, « unique » survivant de l’espèce humaine d’un cataclysme provoqué par Crake, un savant fou de génie aux idées néo-écologico-eugénistes.

Au fil des pages, Jimmy aka Snowman tente de s’acclimater à son nouvel univers, évitant les effrayantes créatures issues des manipulations génétiques d’une civilisation futuriste sur le déclin, protégeant la tribu des candides Crakers, et surtout cherchant un sens à tout ceci.

De fréquents flashbacks viennent expliquer le pourquoi du comment de ce grand n’importe quoi; et force est de constater que le passé ressemble étrangement à notre avenir probable: des plèbe-zones dirigées par des élites vivant dans des enclaves fermées, duement protégées bénéficiant des plus extravagants des privilèges;  pas très rassurant tout ça…

Le Dernier Homme c’est aussi une belle réflexion sur l’Amitié ( celle de Jimmy et de Crake), l’ Amour ( qui unira temporairement et de façon trouble ce sacré Jimmy et la sublime et mystérieuse Oryx, mi-esclave sexuelle, mi-déesse).

La fin m’a laissée sur ma faim ( ok je sors! ) mais j’imagine que c’est volontaire; encore qu’apparemment Le Temps du Déluge qui constitue le second volet de la trilogie ne semble pas revenir là dessus, se présentant comme une autre facette du même univers et non pas une suite des déboires de Snowman: ma foi, à suivre…

Un monde riche donc, complexe et somme toute très crédible à découvrir au plus vite!

Le Pitch:

Margaret Atwood nous plonge dans un univers à la fois familier et terrifiant. Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. D’ailleurs, c’est presque fait : d’êtres humains, au début du Dernier Homme, il ne reste que Snowman, lequel est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées – les Crakers, une nouvelle race d’  » humains  » programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux-, et à des animaux hybrides qui s’appellent désormais porcons, louchiens ou rasconses. Ce monde visionnaire, c’est presque le nôtre…

Les premières lignes:

Snowman se réveille avant l’aube. Immobile, il écoute la marée montante et les vagues qui déferlent, l’une après l’autre, et franchissent divers obstacles, flish-flish, flish-flish, au rythme des battements d’un coeur. Il aimerait tant se croire encore endormi.
La ligne d’horizon, à l’est, baigne dans une brume grisâtre teintée d’une lueur rosée, funeste. Curieux la douceur que cette couleur affiche encore. Elle sert de toile de fond aux silhouettes sombres des tours offshore qui émergent comme irréelles du rose et du bleu pâle du lagon. Les criailleries des oiseaux nichant là et le ressac de l’océan au loin dans les ersatz de récifs formés de pièces de voiture rouillées, de briques en vrac et de décombres assortis rappellent presque le bruit de la circulation les jours de congé.
Il consulte machinalement sa montre – boîtier en acier inoxydable et bracelet en aluminium poli encore brillants alors qu’elle ne marche plus. Elle représente désormais son seul et unique talisman. Un cadran vide, voilà ce qu’elle lui oppose : zéro heure. Devant cette absence d’heure officielle, un frisson de terreur le par­court de la tête aux pieds. Personne nulle part ne sait l’heure qu’il est.

Au fil des pages:

Quoi qu’il en soit, il y a recherche et recherche. Qu’est-ce que tu fabriques…cette histoire de cerveau de porc. Tu interfères avec les composantes fondamentales de la vie. C’est immoral. C’est…sacrilège.
Bang, sur la table. Pas la main de son père. La bouteille ?
Je n’en crois pas mes oreilles ! Qui as-tu donc écouté ? Tu es cultivée, toi-même tu as effectué ce genre de manipulations ! Ce ne sont que des protéines, tu le sais très bien ! Il n’y a rien de sacré en matière de cellules et de tissus, ce ne sont que…
– Je connais la théorie.

Les Lieux Sombres, de Gillian Flynn

lieux-sombresAouch! Monumentâââl coup de poing que Les Lieux Sombres! Quelle découverte que celle de Gillian Flynn ( bon, je préviens tout de suite: Les Apparences de ce même auteur arrivent subito dans ma PAL )! Dès les premières pages, il y a ce style si particulier, si dérangeant, âmes sensibles et bien pensantes s’abstenir: j’adore!

Ce géniallissime thriller a pour commencer une construction élaborée : s’alternent l’avancée de l’enquête de Libby, unique survivante du massacre de la famille Day dans la ferme agonisante d’un mid-west en crise, sur fond de rituels pseudo-satanistes, et les flash backs sur ladite journées des meurtres, vue par les différents protagonistes. Et c’est plutôt réussi.

Les Lieux Sombres, c’est aussi et surtout des personnages complexes, souvent complètement siphonnés, parfois attachants ou au contraire profondément agaçants. Il faut dire que l’héroine se dit elle même intrinsèquement mauvaise, ce qui ne va pas nous empêcher de l’apprécier… même si j’avoue, l’orpheline « enfant-star » qui thésaurise sur son malheur et en veut aux autres victimes de lui piquer les sous que la générosité des bonnes gens détournent de sa petite personne, c’est limite…

L’horreur du récit des meurtres n’ a d’égal que le mystère qui va les entourer jusqu’au bout : impossible de deviner si oui ou non le sombre Ben a bel et bien trucidé sa mère et ses soeurs ou si « la vérité est ailleurs »: du côté ce cet ivrogne de Runner, d’un père en colère, d’un groupe de satanistes  ou d’un improbable rôdeur…

 Le dénouement est disons, satisfaisant; j’avoue avoir eu peur d’une résolution un peu bidon….

Bref, si vous aimez avoir peur et que vous avez le coeur bien accroché: Les Lieux Sombres sera parfait pour un Halloween 2014 sanglant à souhait!

 

Le Pitch:

Début des années 1980. Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans. Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l’innocence bafouée.

Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s’est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique.

Encouragée par une association d’un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé. C’est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu’une vérité inimaginable commence à émerger.

Et Libby n’aura pas d’autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l’affaire, quelles qu’en soient les conséquences.

Les premières lignes:

La mesquinerie qui m’habite est aussi réelle qu’un organe. Si on me fendait le ventre, elle pourrait fort bien se glisser dehors, charnue et sombre, tomber par terre, et on pourrait sauter dessus à pieds joints. C’est le sang des Day. Il y a quelque chose qui cloche. Je n’ai jamais été une petite fille bien sage, et ça a empiré après les meurtres. En grandissant, Libby la petite orpheline est devenue maussade, lymphatique, trimballée de mains en mains au sein d’un groupe de parents éloignés – des cousins issus de germains, des grands-tantes, des amis d’amis –, collée dans une série de mobil-homes ou de ranches décatis aux quatre coins du Texas. J’allais à l’école dans les vêtements de mes sœurs mortes : des chemises aux aisselles jaunies. Des pantalons comiquement lâches, retenus à la taille par une ceinture élimée serrée jusqu’au dernier cran, qui faisaient des poches aux fesses. Sur les photos de classe, j’ai toujours les cheveux en bataille – mes barrettes pendouillent au bout de mes mèches comme des objets aéroportés pris dans les nœuds – et j’ai toujours des poches gonflées sous les yeux, mes yeux de vieille patronne de pub alcoolique. Peut-être les lèvres retroussées à contrecœur en lieu et place d’un sourire. Peut-être.
Je n’étais pas une enfant aimable, et je suis devenue une adulte profondément mal aimable. Si on voulait dessiner mon âme, on obtiendrait un gribouillis avec des crocs pointus.

Au fil des pages:

A présent il pensait à des souris. Le gros chat que nourrissait sa mère avait repéré un nid et gobé deux ou trois souriceaux gluants avant de le déposer la demi-douzaine restante devant la porte de derrière. Runner venait de partir ‘ pour la deuxième fois ‘ donc c’était Ben qui avait la tâche de mettre fin à leurs souffrances. (‘) Finalement, il avait pris une pelle et les avait écrabouillés contre le sol. Des bribes de chair éclaboussaient ses bras, et sa colère montait de plus en plus : chaque grand coup de pelle augmentait sa fureur. Alors comme ça tu crois que je suis une mauviette, Runner, tu crois que je suis une mauviette, hien ! Quand il eut terminé, il ne restait sur le sol qu’une tache collante. Il était en sueur, et en levant les yeux, il surprit sa mère qui l’observait de derrière la porte grillagée. Au dîner, ce soir-là, elle s’était montrée silencieuse. Elle fixait sur lui un visage inquiet, des yeux tristes. Il avait juste envie de lui balancer : Parfois ça fait du bien de niquer quelque chose. Au lieu de se faire toujours niquer.

L’ Eventreur de Pékin, de Peter May

eventreur-de-pekin-peter-mayLe voilà donc ce si attendu ultime volet de la série Chinoise de Peter May… Il faut dire que la médiathèque  a mis tellement de temps à me le faire parvenir, que j’avais paré ces dernières aventures d’un voile de mystère un peu usurpé.

En effet, L’Eventreur de Pékin est un bon polar, on y retrouve nos héros fétiches dans une enquête plutôt bien ficelée, avec juste ce qu’il faut de nouveauté pour ne pas lasser, mais pour ce qui est de l’effet  » bouquet final », le lecteur sera forcément un peu déçu.

Ce coup ci, l’incorruptible Li Yan est aux prises avec un imitateur du célébrissime Jack l’ Eventreur; une affaire qui va vite tourner au règlement de comptes, avec une véritable descente aux enfers pour ce cher commissaire: tout son univers va progressivement sombrer dans l’horreur avec le rapt de son fils unique, le meurtres de certains de ses amis, sa mise au placard côté boulot, sa ruine pure et simple. Mais bon tout est bien qui finit presque bien parce que faut pas pousser non plus…

Dans ce volume, la pétillante et volcanique Margaret Campbell est nettement plus en retrait, cantonnée dans un vague rôle secondaire d’épouse et mère au foyer à moitié dépressive auquel nous n’étions pas habitués: dommage…

Une lecture aussi sympathique que les précédentes  mais j’avoue que j’attendais un vrai point final : des réponses quand à l’avenir commun ( ou pas ) de ce couple si attachant; raté! Un dénouement un peu rapide qui me laisse perplexe…

Le Pitch:

« Qian ouvrit le tiroir supérieur de son bureau et en sortit une chemise A4 en plastique. À l’intérieur était glissée une feuille dépliée. Il la remit à Li, puis se retira près de la fenêtre pour respirer un peu d’air frais. Li reconnut les caractères peu soignés, à l’encre rouge : Je vous envoie la moitié du rein que j’ai pris sur une femme. Conservé pour vous. L’autre morceau, je l’ai frit et mangé.» L’inspecteur Li Yan sait qu’il a en face de lui un redoutable adversaire. Celui qui se surnomme «l’éventreur de Pékin» a déjà exécuté plusieurs victimes chinoises, les laissant affreusement mutilées : la gorge coupée, le visage tailladé, les organes vitaux extraits et placés dans ce qui s’avère être une mise en scène extrêmement réfléchie. Tout va se précipiter lorsqu’une scientifique américaine se livrant à des expériences sur un nouveau procédé de détection du mensonge est assassinée à son tour. Li découvre alors que le meurtrier lui en veut personnellement et cherche à le détruire. La situation devient vite infernale aussi bien pour lui que pour sa compagne, le docteur Margaret Campbell.

Les premières lignes:

Elle se réveilla en sursaut, le coeur battant, alertée par le cri qui traversait son rêve. Ses rêves ne l’entraînaient jamais très loin de la surface de sa conscience, stagnant toujours dans des eaux peu profondes où sons et lumières restaient perceptibles. Elle se redressa, respira à fond, scruta l’obscurité, distingua des formes dans les ombres, et des taches de lumière filtrant de la rue, à travers les arbres. Elle ne fermait jamais les rideaux. Ainsi, elle était sûre de voir plus vite ce qui l’entourait, sans avoir besoin d’allumer.
Ça recommençait. Un son faible, étouffé, d’un impact ravageur. Elle n’en revenait pas de cette sensibilité naturelle capable de détecter le plus petit bruit, même pendant le sommeil, de déclencher le réflexe qui l’avait réveillée et alertée. Il y eut un troisième cri, puis un quatrième, suivis d’un long gémissement et d’une série de sanglots ; son angoisse s’apaisa et céda la place à la résignation. Il fallait qu’elle se lève. Elle jeta un coup d’oeil à la pendulette posée sur la table de nuit : 5 heures. Elle avait peu de chance de se rendormir.
Elle se glissa rapidement hors du lit, attrapa sa robe de chambre sur le dossier d’une chaise et l’enfila en frissonnant. Il n’y aurait pas de chauffage avant une heure ; jamais elle ne s’habituerait au fait de ne pas en avoir le contrôle. En ouvrant la porte, elle regarda par-dessus son épaule la forme recroquevillée de Li Yan ; il ronflait doucement. Elle se demanda pourquoi la Nature n’avait pas doté les pères de la même sensibilité.

Au fil des pages: 

Si tu emplis ton esprit de culpabilité pour les actions d’un autre, tu ne laisseras pas assez de place à la lucidité dont tu as besoin pour l’attraper.