brumes

Vous le croirez ou pas, mais Kate Morton est une auteur: 1. Australienne, 2. tout ce qu’il y a de plus contemporaine. C’est pourtant bien à une véritable plongée dans la Haute Société britannique de l’ère victorienne à laquelle nous convie Les Brumes de Riverton.

Impossible de ne pas évoquer la série Downtown Abbey  et The Remains of the Day question ambiance: proprement magique comme dépaysement! Les fans apprécieront.

Le traitement de l’impact de la Première Guerre mondiale sur les soldats survivants et l’aspect sociologique version lutte des classes n’est pas sans intérêt et donne indéniablement une note culturelle à l’ensemble: instructif donc ( bon, faut pas trop pousser non plus…), mais pas rasoir.

A travers les yeux de l’ancienne femme de chambre désormais âgée de 99 ans et au seuil de la mort, nous faisons connaissance avec la mystérieuse et prestigieuse famille Hartford en ce tout début de 20ème siècle. Au centre de l’intrigue, un duo de soeurs : la douce et raisonnable Hannah et l’exubérante Emmeline; tandem aussi attirant que dangereux pour les hommes qu’elles attireront dans leur filets, mais aussi pour la fragile Grace qui n’aura de cesse de se brûler les ailes à la lumière de leurs jeux d’enfants puis de femmes.

Bon, du coup, oui c’est fleur bleue, un chouille gnan gnan mais ça fait rêver les plus romantiques d’entre nous.

Le Pitch:

Eté 1924, dans la propriété de Riverton.
L’étoile montante de la poésie anglaise, lord Robert Hunter, se donne la mort au bord d’un lac, lors d’une soirée. Dès lors, les soeurs Emmeline et Hannah Hartford, seuls témoins de ce drame, ne se sont plus adressé la parole. Selon la rumeur, l’une était sa fiancée et l’autre son amante…

1999. Une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de ce scandale et s’adresse au dernier témoin vivant, Grace Bradley, à l’époque domestique au château.

Grace s’est toujours efforcée d’oublier cette nuit-là. Mais les fantômes du passé ne demandent qu’à se réveiller .

Les Premières lignes:

LES SPECTRES S’ÉVEILLENT

Au mois de novembre dernier, j’ai fait un cauchemar.
On était en 1924 et je me retrouvais à Riverton. Toutes les portes-fenêtres étaient ouvertes et la brise estivale gonflait les rideaux de soie. Un orchestre jouait, juché sur le talus couronné par le vieil érable, et les violons déroulaient leur mélopée dans la tiédeur ambiante. L’air était vibrant de rires et de sons cristallins, le ciel était d’un bleu que nous avions tous cru disparu à jamais, détruit par la guerre. Un des valets en livrée noir et blanc versait du Champagne dans l’étage supérieur d’une pyramide de flûtes, et tout le monde applaudissait, enchanté, devant ce splendide gâchis.
Je me suis vue comme on se voit en rêve, allant et venant parmi les invités. Je me déplaçais lentement, beaucoup plus que dans la vie, et autour de moi les gens formaient un grand flou de paillettes et de soieries.

Au fil des pages:

Alors que les mites ont dévoré des pans entiers de mes souvenirs récents, je découvre que le passé lointain, lui, est clair et net. Ils ont tendance à revenir souvent me rendre visite, ces spectres du passé, et je constate avec étonnement qu’ils ne me dérangent pas outre mesure. En tout cas, pas autant que je l’aurais cru. Au contraire , les fantômes que j’ai fuis toute ma vie m’apportent un certain réconfort; je les accueille volontiers. J’avais oublié, je crois qu’il n’y avait des souvenirs lumineux au milieu de toute cette noirceur.

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