revival

Oui, j’avoue, je l’attendais ce nouveau King, avec impatience mais aussi avec crainte; après les énooormes coups de coeur qu’ont été pour moi  Duma Key  ou 22/11/63, récemment, il se trouve que j’avais eu plus de mal avec Joyland ou Mr.Mercedes et je redoutais une nouvelle  » déception ».

Je mets les guillemets parce qu’entendons nous bien: du King reste du King et l’écriture reste toujours aussi magique .

Parce que je vous dois la vérité, Revival m’a beaucoup fait penser à Joyland: même « construction » même esprit , mais avec des thèmes totalement nouveaux: à savoir, principalement ceux de la Religion, de la Rédemption, de la nostalgie des années 60, de l’addiction, le tout en mode foudre et Rock’n Roll.

Revival, c’est aussi l’étrange et destructrice relation entre 2 hommes:  un petit garçon âgé de 6 ans, nommé Jamie Morton qui va grandir puis vieillir, et le Révérend Charles Jacobs, un prédicateur fou aux intentions ambigues.

Une intrigue qui monte crescendo et s’achève sur un final proprement « Kinguesque », ( du pur bonheur!!!) certes, mais attendre plus de 500 pages avant d’avoir le grand frisson, c’est dommage.

Autre bémol, mais là seules ces fichues maisons d’édition sont coupables, cet accent mis en 4ème de couverture sur les références à Lovecraft, Poe et Hawthorne: ils nous mettent de l' »hommage » là où, à mon sens, il n’y a que de subtils clins d’oeil, qui du coup ne le sont plus, subtils. Revival m’ a par contre fait davantage penser à Frankenstein de Mary Shelley: mais c’est sûrement moins « vendeur », plus classique.

Une lecture sympathique, donc, comme quand on retrouve un ami de longue date mais pas de coup de foudre non plus.

Le Pitch:

Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.

Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens… Et qu’il y a bien des façons de renaitre !

Les premières lignes:

Ma Némésis. Les Boches. Le Lac de la paix.

Par un aspect au moins, nos vies ressemblent à des films. Les personnages principaux sont les membres de notre famille et nos amis. Les rôles secondaires sont tenus par nos voisins, nos collègues, des profs et des connaissances. Il y a aussi les petits rôles sans grande importance : la caissière du supermarché avec son joli sourire, le sympathique barman du troquet du coin, les types avec qui vous faites de la gym trois fois par semaine. Et bien sûr, des milliers de figurants – ces gens qui passent dans la vie de tout un chacun comme de l’eau à travers une passoire, croisés une fois et jamais revus.

Au fil des pages:

– Merde, les garçons, c’est pas ça, le blues.
– Qu’est-ce que tu veux dire, Grampa ? demanda Ronnie.
– Le blues, c’est une musique qui a la rage. Ce p’tit gars, on aurait dit qu’y venait de pisser au lit et qu’il avait peur que sa môman s’en aperçoive.  »
Ça fit rire les garçons, en partie d’amusement, en partie de surprise de découvrir qu’Hector avait de l’étoffe comme critique musical.
 » Attendez voir « , leur dit-il.
Et il monta lentement l’escalier, se hissant de marche en marche en tirant sur la rampe de sa main noueuse. Hector resta absent si longtemps que les garçons avaient presque oublié qu’il devait redescendre quand il reparut, tenant une vieille Silvertone déglinguée par le cou. La caisse était rayée et rafistolée avec un bout de corde à foin effilochée. Les clés étaient de guingois. Hector s’assit en lâchant un grognement et un pet et remonta la guitare sur ses genoux osseux.
 » Éteignez-moi cette merde « , dit-il.
Ronnie obéit – le Hoot était bientôt terminé, de tout façon.
 » Je savais pas que tu jouais de la guitare, Grampa, dit-il.
– Pas joué depuis des années, répondit Hector. Mise au rencart quand l’arthrite a commencé à mordre. Je sais même pas si je suis encore capable d’accorder cette garce.
– Ton langage, papa « , cria Mme Paquette depuis la cuisine.
Hector le Barbier ne lui prêta aucune attention ; sauf s’il avait besoin qu’elle lui passe le plat de purée, il lui prêtait rarement attention. Il accorda la guitare lentement tout en marmonnant des grossièretés dans sa barbe, puis joua un accord qui effectivement ressemblait un peu à de la musique.

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