dumakeyAhh! King, encore et toujours King! Et là, pour le coup, le pavé vaut largement le détour. Le centre, le personnage principal de Duma Key c’est avant tout cette faussement « paradisiaque » île des Keys au large de la Floride. Il s’en dégage une irrésistible et malsaine attirance, sur Edgar Freemantle, comme sur le lecteur.

Duma Key c’est la reconstruction par l’art, par la manifestation artistique d’un homme physiquement et mentalement brisé. C’est aussi l’histoire de belles rencontres: celle du philosophe et loyal Wireman, et de l’énigmatique  » fille du parrain « , la richissime Elizabeth Eastlake dans une ambiance aussi magique que vénéneuse.

Si côté intrigue, tout commence de façon gentiment surnaturelle avec des apparitions de voiliers à l’horizon, de coquillages chanteurs, de peinture en mode « écriture automatique », plus le récit avance et tout plonge lentement mais sûrement dans l’horreur avec des quasi zombis avides de noyades, d’inquiétantes créatures tout droit sorties des plus dérangeantes toiles d’un Dali sous amphets et d’une mythique Persée, figurine maléfique en mode poupée vaudou.

Quelque part, le lecteur espère toujours un « happy end »: là pour le coup, ce sera sans King, et en quelque sorte c’est ça aussi la force du maitre du suspense, nous confronter au fait que la vraie vie, c’est pas Bisounoursland, bien au contraire. Et pourtant, plusieurs fois le lecteur se prend à espérer que Wireman soit guéri, qu’Elizabeth retrouve une certaine santé mentale, que notre héro rencontre le succès et que ses proches soient heureux jusqu’à la fin des temps…

Une seule certitude: Duma key ne se laissera pas oublier!

 

Le Pitch ( présentation de l’éditeur ):

Duma Key : un trait de crayon sur une page blanche. Une ligne d’horizon, peut-être.
Mais aussi une ouverture dans laquelle s’infiltrent les ténèbres…
Mutilé par un terrible accident, abandonné par sa femme, Edgar Freemantle, un businessman du Minnesota, décide de tout quitter pour la Floride.
Une nouvelle vie l’attend sur l’îlot de Duma Key, langue de terre presqu’inhabitée, dévastée régulièrement par des ouragans imprévisibles, et qui appartient à une mécène excentrique dont les sœurs jumelles ont disparu dans les années 20. Edgar va s’y découvrir un incroyable don pour la peinture. Les incroyables couchers de soleil lui inspirent des tableaux qui vont vite se révéler dangereusement prémonitoires. Freemantle comprend alors qu’il doit découvrir ce qui est arrivé aux jumelles et l’étrange secret de la propriétaire des lieux, avant que les ténèbres n’engloutissent Duma Key et ses habitants.
Un roman sur l’amitié, les liens qui unissent père et fille, sur la mémoire, la vérité et l’art. Une métaphore de la vie et des sources d’inspiration de l’écrivain, une exploration de la nature, du pouvoir et des influences de la fiction. Mais aussi un King subtilement terrifiant !

Les premières lignes:

Mon autre vie.

Je m’appelle Edgar Freemantle. Mon entreprise comptait parmi les plus importantes dans le domaine des travaux publics. Au Minnesota, dans mon autre vie. C’est Wireman qui m’a appris ce truc de mon autre vie. Je vous parlerai de Wireman mais, pour l’instant, réglons la question du Minnesota.

N’ergotons pas : par ma réussite, j’étais l’incarnation du rêve américain. Après avoir grimpé tous les échelons de la boîte dans laquelle j’avais fait mes débuts, faute d’un barreau plus élevé, j’avais créé ma propre entreprise. Le patron que j’avais quitté s’était moqué de moi, me prédisant la faillite en moins d’un an. Je crois que c’est ce que disent tous les patrons quand un de leurs jeunes cadres dynamiques prend son indépendance et part comme une fusée.

Pour moi, tout avait très bien marché. Lorsque l’économie de Minneapolis-Saint-Paul avait explosé, la Freemantle Company avait prospéré. Lorsqu’elle avait plongé, j’avais adopté profil bas. Mais tout en misant sur mes intuitions, et la plupart de mes intuitions furent bonnes. J’avais cinquante ans à ce moment-là et Pam et moi valions quarante millions de dollars. Mais tout était dans l’entreprise. Nous avions deux filles et, à la fin de notre petit Âge d’Or privé, Ilse était étudiante à l’université Brown tandis que Melinda enseignait en France dans le cadre d’un programme d’échanges. Au moment où les choses ont mal tourné, ma femme et moi avions prévud’aller lui rendre visite.

J’ai eu un accident sur un chantier.

 

Au fil des pages:

Exécuter un dessin (XI)

Ne pas arrêter tant que le dessin n’est pas terminé. Je ne peux pas vous dire si c’est une règle cardinale ou non, n’étant pas professeur de dessin, mais je crois que cette simple phrase résume tout ce que j’ai essayé de vous dire. Le talent est une chose merveilleuse mais il ne suffit pas. Et il arrive toujours un moment – si l’œuvre est sincère, si elle provient de ce lieu magique où se confondent pensées, souvenirs, émotions – où vous allez vouloir abandonner, où vous allez penser que si vous posez votre crayon, votre vision va se troubler, votre mémoire vous échappera, où vous allez penser que la souffrance sera abolie. Je sais tout cela à cause du dessin que je fis ce jour-là – celui du rassemblement sur la plage. Une simple esquisse, mais je crois que lorsqu’on cartographie l’Enfer, une esquisse suffit.

Publicités