221163The King is Back! Et bon sang que ça fait du bien! C’est bien pensé, bien construit, bien écrit, bien traduit, que demander de plus? D’accord ce pavé de près de 1000 pages n’est pas d’une top maniabilité à la plage ou sous la couette mais cette fresque des années 60 aux USA vaut franchement quelques engourdissements de poignet. L’idée d’un voyage dans le temps qui permettrait d’éviter les grandes catastrophes de ce monde n’est pas nouvelle, mais 22/11/63, c’est beaucoup, beaucoup plus que ça.

Si, comme pour Jake Epping et moi, l’assassinat de Kennedy et l’implication de Lee Harvey Oswald se résume au film d’Oliver Stone, voilà l’occasion d’enrichir votre cultivation personelle ( ce qui est déjà pas si mal); certes, King a sa version de l’histoire, la plus simple somme toute, mais honnêtement, là, complot ou pas complot, balle magique ou pas, on s’en fout un peu.

22/11/63, ne traite que très peu du 22 novembre 1963 paradoxalement; il s’agit d’une véritable déclaration d’amour de l’auteur pour cette décennie de tous les changements. Un paradis perdu, plein de musiques et de films qui ne parlent pas à la trentenaire que je suis, mais qui donne drôlement envie quand même.

Comme dans Dôme, la galerie de personnage proposés est juste parfaite: chaque personnalité est pensée, travaillée, à mille miles de tout manichéisme. Comment ne pas être touchés par la fragile Marina Oswald, l’indomptable Sadie, le courageux Deke.

Un vrai régal: aucune longueur, aucune fausse note; à lire, sans modération!

Le Pitch:

22 novembre 1963 : 3 coups de feu à Dallas.
Le président Kennedy s’écroule et le monde bascule.
Et vous, que feriez-vous
si vous pouviez changer le cours de l’Histoire ?

2011. Jake Epping, jeune professeur au lycée de Lisbon Falls dans le Maine, se voit investi d’une étrange mission par son ami Al, patron du diner local, atteint d’un cancer. Une « fissure dans le temps » au fond de son restaurant permet de se transporter en 1958 et Al cherche depuis à trouver un moyen d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Sur le point de mourir, il demande à Jake de reprendre le flambeau. Et Jake va se trouver plongé dans les années 60, celles d Elvis, de JFK, des grosses cylindrées, d’un solitaire un peu dérangé nommé Lee Harvey Oswald, et d’une jolie bibliothécaire qui va devenir l’amour de sa vie. Il va aussi découvrir qu’altérer l’Histoire peut avoir de lourdes conséquences…

Les Premières lignes:

J’ai jamais eu  » la larme facile « , comme on dit.

Si j’en crois mon ex-épouse, mon  » gradient d’émotion inexistant  » est la  raison principale pour laquelle elle m’a quitté (comme si le mec qu’elle avait  rencontré à ses réunions des Alcooliques anonymes n’y était pour rien). Christy  supposait qu’elle pouvait me pardonner, disait-elle, de ne pas avoir versé de  larmes à l’enterrement de son père : je ne le connaissais que depuis six ans et  ne pouvais comprendre quel homme merveilleux et généreux c’était (une Mustang  décapotable comme cadeau de fin d’études secondaires, par exemple).

Mais par la suite, quand je n’ai pas versé de larmes à l’enterrement de mes  deux parents – ils sont morts à tout juste deux ans d’intervalle, mon père d’un  cancer de l’estomac et ma mère d’une crise cardiaque foudroyante en marchant sur  une plage de Floride – elle a commencé à comprendre cette histoire de gradient  d’émotion inexistant. J’étais  » incapable de ressentir mes sentiments « , en  jargon AA .

Au fil des pages:

Vous avez déjà fait cette expérience, par un jour de grand soleil, de fermer les yeux et de continuer à voir l’image rémanente de ce que vous étiez en train de regarder juste avant ? Eh bien, c’était comme ça. Quand j’ai regardé mon pied, je l’ai vu posé sur le sol. Mais quand j’ai cligné des yeux – un millième de seconde avant ou un millième de seconde après que mes yeux se sont fermés, je ne sais pas exactement – j’ai aperçu mon pied posé sur une marche. Et c’était pas non plus dans la pauvre lumière d’une ampoule de soixante watts. Mais en plein soleil.
Je me suis figé.
« Vas-y, m’a dit Al. Tu risques rien, copain. Vas-y, je te dis. » Il a toussé sauvagement, puis articulé dans une sorte de grondement désespéré : « J’ai besoin que tu le fasses. »
Alors je l’ai fait.

Publicités