Vernon Subutex 1, de Virginie Despentes

VERNON

Ma foi, ma foi… J’ai entamé cette lecture de Vernon Subutex avec le souvenir lointain mais particulièrement marquant de Baise moi; une découverte de l’auteur qui remonte donc à grosso modo 15 ans: à l’époque j’avais admiré l’écriture sans pour autant crier ô génie: trop trash, trop inutilement violent.

Du coup, il me tardait de voir le chemin parcouru ( d’un côté et de l’autre ), d’autant que les critiques étaient dithyrambiques…

 En ressort, en ce qui me concerne, une impression mitigée. Oui, pas de doute là-dessus, Virginie Despentes possède un véritable talent pour l’écriture: son style s’est enrichi, affiné, complexifié. Oui Vernon Subutex est une galerie de portraits ultra-réaliste et fouillée. Oui, il y a une cohérence et une logique dans ce premier tome des désastreuses aventures de ce foutu branque de Vernon.

Mais ( ben oui, z’avez déjà compris que je n’ai pas adhéré ), mais pour moi, pas moyen de craquer pour ce loser, ce parasite d’ ex-disquaire dont la coolitude n’a d’égal que la lâcheté. J’ai lu dans un billet: Vernon, on l’aime ou on le déteste, vous connaissez mon  camp. Cette façon qu’ a le personnage d’user et d’abuser de ses connaissances principalement féminines et son reliquat de charme et de sexitude pour obtenir un toit, me donne des envies de meurtre, de carnage… bon, restons modérés, de sacrés coup de pieds au cul.

 Autre bémol en ce qui me concerne: la multitude des personnages gravitant autour du défunt Alex Bleach: pas moyen de se souvenir de qui est qui; qui couche avec qui et comment. Et surtout parfois de l’utilité de la sous-histoire dans l’histoire.

Gêné,  je l’ai aussi été par les nombreux raccourcis et clichés sur le monde du porno et des sans-abris.

Enfin se repaître dans le sexe trash, dans la violence gratuite, dans le glauque à l’état pur, ce n’est tout simplement pas mon truc; l’impression qu’ aujourd’hui il est de bon ton pour un lectorat bobo de chanter les louanges d’un misérabilisme voyeur; je vais un peu loin mais certaines critiques m’ont littéralement donné la nausée.

Bref, c’est probablement incontournable, mais définitivement pas pour moi ( en même temps, je me pose quand même la question du tome 2… donc, affaire à suivre… ou pas ).

Le Pitch:

QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde disparu.
L’ultime visage de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

Les Premières lignes:

Les fenêtres de l’immeuble d’en face sont déjà éclairées. Les silhouettes des femmes de ménage s’agitent dans le vaste open space de ce qui doit être une agence de communication. Elles commencent à six heures. D’habitude, Vernon se réveille un peu avant qu’elles arrivent. Il a envie d’un café serré, d’un cigarette  à filtre jaune, il aimerait se griller une tranche de pain et déjeuner en parcourant les gros titres du Parisien sur son ordinateur.

Il n’a pas acheté de café depuis des semaines. Les cigarettes qu’il roule le matin en éventrant les mégots de la veille sont si fines que c’est comme tirer sur du papier. Il n’y a rien à manger dans ses placards. Mais il a conservé son abonnement à Internet. Le prélèvement se fait le jour où tombe l’allocation logement. Depuis quelques mois elle est versée directement au propriétaire, mais c’est quand même passé, jusque-là. Pourvu que ça dure.

Au fil des pages:

Cannes, se disait Xavier, c’est la fête de la saucisse avec des putes en Louboutin. Tous à dégueuler leur caviar, le nez plein de coke, après avoir récompensé du cinéma roumain. Les intellos de gauche adorent les Roms, parce qu’on les voit beaucoup souffrir sans jamais les entendre parler. Des victimes adorables. Mais le jour où l’un d’eux prendra la parole, les intellos de gauche se chercheront d’autres victimes silencieuses. Cette bande de baltringues, pensait Xavier, leur grand héros c’était Godard, un type qui ne pense qu’à la thune et qui s’exprime en calembours. Eh bien partant de là, ils ont quand même réussi à dégringoler. Fallait le faire.

Les Quatre Saisons de l’Eté, de Grégoire Delacourt

 

lesquatresaisons

Et dans la catégorie: « Les coups de coeur de Corinne, ma bibliothécaire préférée », au programme aujourd’hui: Les Quatre saisons de l’été!

Précisons au passage, honte à moi, que je ne connaissais pas l’auteur.

Les 4 saisons de l’été » représentent les quatre âges de la vie vécus un 14 Juillet 1999, (le dernier de la création si l’on en croyait tous les illuminés que cette joyeuse Terre porte en elle), sur les plages du Touquet.

Autres fils conducteurs que le lecteur n’aura aucun mal à suivre tant ils nous seront serinés : la ritournelle Hors Saison de Cabrel , le langage des fleurs ( chaque partition portant d’ailleurs le nom d’une fleur de circonstance )et bien sûr celui des amours à la plage ( ahou tchatcha tcha).

Quatre saisons, quatre personnages aux travers de quatre histoires- Pimprenelle, Eugénie Guinoisseau, Jacinthe et Rose.

Le printemps c’est l’histoire de Louis, 15 ans, qui est amoureux de Victoire qui elle, ne partage pas ses sentiments.

L’été c’est Isabelle, une femme de 35 ans qui vit seule mais retrouve son premier amour, Jérôme. Mais c’est bien connu les histoires d’amour finissent mal… en général. Et surtout avec cette pauvre et touchante Isabelle.

L’automne, c’est Monique qui à 55 ans a décidé de s’offrir une dernière aventure . Là, je vais faire ma vilaine mais je m’attendais à la fin qui se voulait choc j’imagine.

L’hiver, c’est un couple âgé toujours très lié qui a décidé de terminer sa vie ensemble. Un court dénouement clôt ce livre pour nous dire ce que les personnages sont devenus.

Les personnages de ces quatre histoires apparemment indépendantes vont se croiser et leurs destins se compléter.

Une lecture agréable, qui donne parfois dans le cliché mais qui réchauffe le coeur en hiver.

Le Pitch:

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Les premières lignes:

PIMPRENELLE

Cet été-là, Cabrel chantait Hors Saison et tout le monde chantait Cabrel.

Cet été-là avait rapidement été là. Dès le dernier week-end de mai en fait, lorsque la température était montée d’un coup, jusqu’à vingt degrés. On avait alors entendu les premiers rires dans les jardins clos, les toux sèches à cause des premières fumées grasses des barbecues, et les cris des femmes surprises au soleil, à demi nues. On aurait dit des piaillements d’oiseaux. On aurait dit que tout le village était une volière.

Et puis les hommes avaient commencé à se retrouver le soir, dans la fraîcheur, à boire les premiers rosés, bien glacés, pour tromper l’alcool, endormir les maléfices, et pouvoir en boire davantage. Et l’été avait vraiment commencé.

Cet été-là, il y avait Victoire. Et il y avait moi.

Victoire avait les cheveux dorés, les yeux d’émeraude, comme deux petits cabochons, et une bouche aussi pulpeuse qu’un fruit mûr. Ma plus belle victoire, disait son père en riant, ravi de son bon mot.

Elle n’était pas encore la mienne, mais je m’en approchais. Doucement.

Victoire avait treize ans. J’en avais quinze.

Au fil des pages:

Quelques années plus tard, j’ai rencontré un mari. Ne riez pas. Bien sûr qu’il était charmant. Beau même. De cette beauté que, nous les femmes, décelons chez un homme, lorsque nous avons faim. Il avait le regard, la voix, les mots maladroits ; il avait tous les pièges. Et après quelques nuits d’amour, quelques fièvres et autres douceurs, violences et baumes, je suis tombée enceinte. N’est-ce pas qu’ils sont drôles les mots. On tombe amoureuse, puis on tombe enceinte, puis on tombe de haut.

Danse de Mort, de Douglas Preston et Lincoln Child

--Danse-de-Mort---de-PRESTON---CHILD

Danse de Mort est, rappelons le second volume de la Trilogie dite de Diogène. Faut dire que dans Le Violon du Diable, le fameux Diogène, honni frère de notre chouchou d’Aloysius, n’est qu’un nom, parfois mentionné, jamais développé ( enfin ça c’est ce que l’on croyait, parce qu’en fait l’ombre du vilain frère hante les aventures italiennes, mais chut!).

Ouiii parce que j’ai oublié de vous dire, mais bon, z’êtes pas niais non plus, Pendergast ( le notre ), n’est pas mort emmuré dans un château : non, non, non…

Là, enfin, on est au coeur de leur haine fraticide dont l’origine restera un mystère, tout du moins à ce stade. Diogène Pendergast est l’ennemi ultime, celui qui connait sa proie mieux que quiconque et dont la cruauté n’a d’égale que la vanité. Plus méchant que le plus méchant des méchants….

Une famille de malades vous dis-je: tous autant cinglés que meutriers! Junior va scrupuleusement éliminer tous les proches et mais de notre héros, avec brio, tout en essayant de faire porter le chapeau à son frère, sinon, hein? c’est moins marrant.

La pièce maîtresse de son piège diabolique étant l’enlèvement de la douce Viola Maskelene: mais pourquoiiiiiiii????

Par contre, et ça commence à devenir une habitude chez notre duo d’auteurs, les références aux volumes précédents, à travers une multitude de personnages secondaires tous aussi riches les uns que les autres, risque de de rendre Danse de Mort, tout seul comme ça, à sec, probablement inutilement complexe: à réserver aux fans donc.

Un très bon Preston and Child, dont la fin ouverte est très réussie.

Le Pitch:

« Mon cher Vincent, si vous lisez ces lignes, cela signifie que je n’ai pas survécu… »
L’inspecteur Pendergast du FBI est donc mort ! Et c’est d’outre-tombe qu’il confie à son ami, le lieutenant D’Agosta, la mission d’empêcher un être démoniaque de commettre le forfait suprême, l’apothéose de sa carrière criminelle. Mais comment D’Agosta pourra-t-il, seul, et en sept jours, déjouer un crime dont il ignore tout ? Et comment lutter contre un adversaire supérieurement intelligent : Diogène, le propre frère de l’inspecteur ? Qui le premier quittera le bal ?

Les premières lignes:

Les paupières de Dewayne Michaels pesaient des tonnes, ses tempes bourdonnaient et sa langue était pâteuse, mais il faisait tout pour donner l’impression de s’intéresser à ce que disait le prof. Il était arrivé en retard, l’amphi était bondé et la seule place encore libre se trouvait au deuxième rang, pile en face du prof.
Génial.
Dewayne suivait des études d’ingénierie électrique et il s’était inscrit à ce cours-là par facilité, comme tous ses condisciples depuis des lustres. «Littérature anglaise – Une perspective humaniste». Une unité que n’importe quel abruti obtenait les doigts dans le nez, sans ouvrir un bouquin. Le prof habituel, un vieux fossile du nom de Mayhew, faisait cours d’une voix monocorde, quittant rarement des yeux les mêmes notes jaunies qu’il conservait depuis quarante ans. Un raseur de première, capable d’endormir un hypnotiseur, dont la principale qualité était de donner chaque année le même sujet à l’examen. Quelle mouche avait bien pu le piquer de se faire remplacer ce semestre-là par un universitaire de haut vol, un certain Torrance Hamilton ? Les pontes de la fac en avaient plein la bouche, on aurait pu croire qu’Eric Clapton avait accepté de venir jouer à la fête de fin d’année.
Dewayne, les fesses endolories, s’agita sur son siège en plastique et jeta un coup d’oeil furtif autour de lui. Les autres, une majorité de petits bourges, prenaient studieusement des notes sur leurs ordinateurs portables quand ils n’enregistraient pas le cours à l’aide d’un magnétophone miniature, suspendus aux lèvres du prof. Jamais l’amphi n’avait été aussi plein, et pas un seul élève d’ingénierie électrique en vue.
Quelle merde…

Au fil des pages:

Il avait eu le nez fin. L’affaire Duchamp était un cadeau du ciel. Un gros coup, avec tous les ressorts dramatiques dont un journaliste pouvait rêver. Les gens ne parlaient que de ça dans toute la ville. Et pour cause ! Un peintre inoffensif, assassiné sans raison apparente, poussé depuis la fenêtre de son appartement avec une corde autour du cou, avait eu la bonne idée de s’écraser sur la verrière d’un restaurant français à la mode, le tout en plein jour et sous l’œil horrifié de centaines de témoins.

L’Amant Déchainé, La Confrérie de la Dague Noire T9 de JR Ward

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EXPLICIT CONTENT INSIDE

« J’ai envie de te sucer »: bon, ben voilà, le ton est donné; c’est foutu, j’aurais beau vous dire que la Confrérie de la Dague Noire, ce n’est pas que du-cul-du-cul-du-cul je sens bien que ma crédibilité en prend un coup, bref…

Il faut dire que malgré toute l’affection que j’ai pour ces valeureux guerriers tout de cuirs vêtus, L’Amant Déchainé  ne brille pas par la complexité des intrigues qui y sont développées: point de plan diabolique de la part des vilains-pas-beaux Eradiqueurs, point de stratégies sympathes  et tutti quanti; non, non, que nenni, ici tout ( et dieu seul sait que 600 pages et des brouettes c’est long ), tout tourne autour des amours contrariées de Souffhrance et d’un chirurgien humain au nom des plus improbables: Manuel (dit Manny) Manello.

Allez, j’exagère un brin parce qu’on suivra quand même les démêlés conjugaux de Viszs et Jane (la rechute de ce dernier dans ses travers sado-maso, les affres de la conscience professionnelle de notre jolie fantômette ), et les errements sentimentalo-sexuels de Vhif ( oui, j’aime Blay,je le désire de toutes les fibres de mon corps musculeux mais bon c’est mon poto et gnanani et gnanana).

Tiens, y a aussi l’apparition d’une nouvelle meute de super-méchants regroupés autour d’un autre rejeton de l’immonde Saigneur, Xcor; sauf que Xcor et ses ( 8? ) salopards en quête de vengeance et de  pouvoir s’avéreront aussi dangereux et sanguinaires qu’un troupeau de bisounours ( mais chut…)

Un pavé de soupirs, de gémissements, de léchouilles, de membres tendus de chez tendus, de flots de semence… mais point de pénétration, ou si peu.

L’Amant Déchainé n’est donc pas le meilleur opus de la série, loin s’en faut  ( de nombreuses maladresses, des tics langagiers franchement relous et au risque de me répéter, un scénario d’une pauvreté navrante ) mais bon…. ça se lit quand même… ça émoustille la ménagère en mode crocs blancs.

L’hiver est long, on se réchauffe comme on peut😉

Le pitch:

Six vampires protègent leur espèce contre la Société des éradiqueurs. Ils sont regroupés au sein de la mystérieuse Confrérie de la dague noire.

Souffhrance est faite de la même étoffe ténébreuse et séductrice que son frère jumeau Viszs. Emprisonnée durant des centaines d’années par sa mère la Vierge scribe, cette force de la nature risque de succomber à de terribles blessures lorsqu’elle parvient enfin à se libérer. Seul Manuel Manello, le chirurgien humain, peut la sauver. Mais alors qu’entre eux la passion fait des étincelles, une dette vieille de plusieurs siècles va rattraper Souffhrance, menaçant son amant et sa vie.

Les premières lignes (protocole exclu) qui donnent le ton:

Queens, New York,

de nos jours

— J’ai envie de te sucer.

Le docteur Manny Manello tourna la tête à droite et observa la femme qui venait de lui parler. Ce n’était vraiment pas la première fois qu’il entendait ces mots, et la bouche qui les avait prononcés était certainement assez siliconée pour faire un bon coussin, mais c’était quand même une surprise.

Candace Hanson lui sourit et rajusta son chapeau à la Jackie Kennedy de sa main manucurée. Apparemment, elle avait décidé qu’associer un air distingué à des propos salaces était séduisant… et c’était peut-être le cas pour certains mecs.

Merde, à une autre époque de sa vie, il l’aurait probablement prise au mot, en appliquant sa théorie du « après tout, pourquoi pas ». Mais aujourd’hui, il la rangeait plutôt dans le dossier « non, pas vraiment ».

Nullement découragée par son manque d’enthousiasme, elle se pencha en avant, lui dévoilant des seins qui défiaient à ce point la gravité que cela en était insultant pour cette dernière.

— Je sais où on pourrait aller.

Il l’aurait parié.

— La course va commencer.

Elle fit la moue. À moins que ce soit simplement l’impression que donnait le gonflement de ses lèvres après l’injection. Mon Dieu, une décennie plus tôt elle avait probablement été mignonne ; à présent les années lui avaient ajouté une couche de désespoir, en plus du processus normal de vieillissement à base de rides qu’elle combattait comme une boxeuse.

— Après, alors ?

Au fil des pages:

Quand il atteignit la porte d’entrée, le vampire était sur ses talons, et Manny transféra ses affaires dans sa main gauche.
Un rapide demi-tour et il balança son poing droit, le levant d’un coup sec en un arc de cercle parfaitement calculé pour frapper la mâchoire du type.
Crac. L’impact fut brutal et la tête de ce salaud bascula en arrière sous le choc.
Le vampire redressa la tête et grimaça en grognant, mais Manny ne voulait rien savoir.
_ Çà, c’est pour t’être foutu de ma gueule.
Le mâle passa le dos de sa main sur sa bouche ensanglantée.
_ Joli crochet.
_ Je t’en prie, répondit Manny en sortant de son appart.
_ J’aurais pu l’arrêter à tout moment. Juste histoire de mettre les choses au point.
Sans le moindre doute, c’était vrai.
_ Oui, mais tu ne l’as pas fait, hein ? (Manny avança jusqu’à l’ascenseur, appuya sur le bouton descendre et jeta un regard furieux par-dessus son épaule.) Donc çà fait de toi un cinglé ou un masochiste.
Je te laisse choisir.
Le vampire se rapprocha.
_ Fais attention, humain, tu ne vis que parce que tu m’es utile.
_ C’est ta soeur ?
_ Ne l’oublie pas.
Manny sourit de toutes ses dents.
_ Alors il y a quelque chose que tu dois savoir.
_ Quoi ?
Manny se mit sur la pointe des pieds et regarda l’enfoiré, les yeux dans les yeux.
_ Si tu crois que tu as envie de me tuer en ce moment, ce n’est rien comparé à ce que tu vas ressentir quand je la verrai.
Il bandait presque rien qu’en songeant à la femelle.

Et je danse, aussi, de Jean-Claude Mourlevat et Anne-laure Bondoux

etjedanse

Mais comment diable Et je danse, aussi s’est -il retrouvé dans mes lectures? A part la patte de Moumou ( oui c ‘est comme ça, quand j’aime, je trouve un surnom débilisant au possible, y  compris à ce cher Jean-Claude Mourlevat): la couverture ne m’inspirait mais alors, rien de rien et le titre encore moins; sauf que, sauf que…

C’était sans compter sur l’oeil expert de ma bibliothécaire préférée qui me l’avait d’office réservé; au début, je me suis dit: hein? mais c’est quoi ce truc que je n’ai absolument pas demandé, il doit y avoir erreur…puis j’ai lu le pitch, me suis un peu renseignée et là j’ai mesuré le talent de cette femme: parce que pour arriver à deviner que j’allais adorer sans me connaitre non plus à fond, avec les goûts  zarbis que j’ai, elle a fait fort! Un énoooorme merci à elle donc!

Alors, oui, ça fait forcément penser à Quand souffle le Vent du Nord ou La Septième Vague, de Daniel Glattauer dans la série roman épistolaire moderne (comprenez par mails), mais en fait, en ce qui me concerne, c’est mieux: parce que déjà, ce n’est pas une traduction ce qui joue question qualité de l’écriture, non?

Ensuite, j’ai trouvé davantage d’humour dans les échanges entre Pierre – Marie Sotto, romancier à succès en panne d’inspiration et et une certaine Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune »; échanges provoqués par l’envoi d’un mystérieux pli par cette dernière.

Et puis il y a le suspense: bon sang, mais il y a quoi dans cette grande enveloppe cartonnée… qu’est-ce qu’elle peut bien avoir à cacher cette si attachante Adeline? Pierre-Marie sortira t-il des griffes de sa « number one fan » nymphomane? Et qu’est devenue Vera, l’irremplaçable épouse numéro 4 de notre tombeur de romancier? La résolution de ces énigmes trouveront un dénouement efficace quoiqu’un peu tiré par les cheveux: mais on s’en fout, on a rêvé, notre coeur s’est emballé.

Un roman léger qui donne envie de rire et de pleurer, de danser aussi ! A lire sans modération! ( pas de risque d’entorse de neurones😉 )

 

Le Pitch:

La vie nous rattrape souvent au moment où l’on s’y attend le moins.

Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait devenir son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre.

Jusqu’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets.

Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse.

Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !

Les premières lignes:

De : Pierre-Marie Sotto
À : Adeline Parmelan

Le 24 février 201 3

Chère Madame Parmelan,
Rentrant de voyage ce samedi, je trouve dans ma boîte aux lettres cette volumineuse enveloppe portant votre adresse mail au dos. Je suppose qu’il s’agit d’un manuscrit. En ce cas, je vous remercie de la confiance que vous me témoignez, mais je dois vous informer que je ne lis jamais les textes qu’on m’envoie. C’est le travail des éditeurs. Pour ce qui me concerne, je ne suis qu’écrivain et j’ai bien assez de mal avec ma propre écriture pour avoir la prétention de juger celle des autres.

Je n’ai donc pas ouvert votre enveloppe. Je vous la retournerai dès lundi à votre adresse postale si vous me la communiquez. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop.

Bien cordialement.
Pierre-Marie Sotto

De : Adeline Parmelan
À : Pierre-Marie Sotto

Le 24 février 2013

Cher Monsieur Sotto,
Je vous remercie d’avoir pris la peine de m’écrire dès votre retour de voyage, même si votre réponse m’a beaucoup déconcertée. Pour tout vous dire, j’étais certaine que vous alliez décacheter mon enveloppe. Mais réflexion faite, je comprends : votre notoriété doit vous attirer toutes sortes de demandes ennuyeuses, et vous avez raison de vous en protéger. Puisque vous avez eu la gentillesse de m’envoyer un message, je me permets de vous préciser que le contenu de l’enveloppe n’a rien d’ordinaire. Et, bien qu’étant l’une de vos admiratrices, je crois pouvoir affirmer que je ne suis pas une lectrice comme les autres.

En comptant sur votre curiosité et en espérant ne pas vous paraître trop insistante.

Avec toute mon admiration.
Adeline Parmelan

Au fil des pages:

Adeline, pensez-vous qu’un homme puisse vivre huit ans auprès d’une femme aimée, partager avec elle ses jours et ses nuits, prendre avec elle ses petits déjeuners, ses repas de midi et ceux du soir, faire les courses avec elle, aller au cinéma avec elle, commenter l’actualité avec elle, faire l’amour avec elle, prendre des bains de soleil avec elle, faire la sieste avec elle l’après-midi, parler de littérature avec elle, observer le chat et se moquer de lui, faire la cuisine, faire des quiches lorraines, presser des jus de fruits, changer les papiers peints d’une chambre, plier des draps, écouter de la musique dans la voiture la nuit en roulant, emmener avec elle un des enfants à l’hôpital, le veiller avec elle, le ramener quelques jours plus tard et fêter avec elle le retour de cet enfant à la maison, essayer des lunettes de soleil avec elle, l’emmener chez le coiffeur et attendre en marchant dans la rue que ce soit fini, l’appeler au téléphone pour lui dire qu’il est bien arrivé quand il s’en va quelque part, attendre son coup de téléphone à elle pour qu’elle lui dise qu’elle est bien arrivée quand elle s’en va quelque part,
tout ça pendant des années et un jour s’apercevoir que sans doute elle le trompe ?

Oui, sans doute qu’elle le trompe, puisqu’elle disparaît sans rien dire à personne. Et elle ne dit rien à personne parce que c’est impossible à dire. Et qu’il vaut mieux juste partir plutôt qu’essayer de dire cette chose indicible.
Pensez-vous, Adeline, qu’une femme peut avoir cette force de cacher si longtemps puis de partir comme ça ?
Parle-moi… Parce que si tu te tais, c’est moi qui vais parler, poussée par le silence, et ce que je te dirai renversera les murs et la maison tout entière.

Les Eclairés, Les Fragmentés T3, de Neal Shusterman

eclaires-neal-shusterman-L-RiApR9Bon, allez zou! Avis express parce que je ne vais pas vous bassiner avec un billet sur le tome 3 d’ une série dont je vous ai déjà pas mal parlé, hein?

Donc, Les Fragmentés, troisième opus: concrètement, question originalité de l’univers dystopique proposé par Neal Shusterman, c’est toujours du bon, du très bon, mais du coup, on y prend coup et l’effet est moins saisissant; c’est efficace mais l’attrait de la nouveauté n’y est plus.

En ce qui concerne l’intrigue des Eclairés, on est dans la continuité de ce que nous proposaient Les Déconnectés: suis de ce fait, un peu déçue; si j’avais trouvé le second volume meilleur que le premier, là, le numéro trois pèche un peu en rebondissements. Il parait que c’est parce qu’il s’agit d’un tome « intermédiaire »: mouais… à voir… ça me rappelle ces idiots des concours à la The Voice ( je dis ça , je dis rien ) qui préfèrent en garder sous la pédale pour nous éblouir de leur talent au tour suivant: sauf , qu’à force de s’économiser, ben le téléspectateur, il zappe.

Nous retrouvons nos trois héros du début : Connor, Lev et Risa ainsi que Cam, Hayden, Bam et Rufus et lui suivons avec plaisir; chaque personnage prend davantage de profondeur, de complexité, ce qui fait une bonne partie de la richesse de leurs nouvelles aventures. C’est déjà ça…

Rendez vous pour le grand final avec Les Libérés, donc, ou pas, j’ai pas encore décidé.

Le Pitch:

Après une Seconde Guerre civile qui a ébranlé le pays, les États-Unis vivent une des plus grandes crises de leur histoire. Chômage, inégalités sociales, paupérisation des classes moyennes… Désoeuvrés, sans avenir, les jeunes envahissent les rues, tandis qu’un débat houleux sur le droit à l’avortement anime la population. La solution ? La charte de la Vie et la fragmentation. On peut désormais résilier l’existence d’un adolescent en réutilisant tous ses organes dans un but médical. Il continuera à vivre dans un « état divisé ». Tel est donc le sort des orphelins, des adolescents difficiles, des bouches qu’on ne peut plus nourrir depuis des années. Pourtant, çà et là, des voix s’élèvent contre la fragmentation. Notamment, depuis la fuite de Connor, le célèbre évadé de l’un des plus grands centres de fragmentation. Ou depuis la création de Cam, le premier adolescent entièrement composé de parties d’adolescents fragmentés. Ou est-ce l’arrivée d’un marché parallèle de la fragmentation, où le coeur, le foie ou les yeux d’un adolescent sont négociés comme du tabac ou du pétrole ?

Les premières lignes ( ou presque):

Connor

Tout avait commencé avec une bestiole écrasée, un acte si banal et insignifiant que les événements qu’il avait déclenchés dépassaient l’entendement.
Connor aurait dû s’arrêter pour dormir, surtout par une nuit venteuse comme celle-ci. Ses réflexes au volant auraient certainement été bien meilleurs au matin, mais le besoin pressant d’atteindre l’Ohio avec Lev ne cessait de le pousser chaque jour davantage.
Plus qu’une sortie d’autoroute, se dit-il, et même s’il avait décidé de s’arrêter une fois le Kansas traversé, ce jalon avait été dépassé une demi-heure auparavant. Lev, qui savait faire entendre raison à Connor, n’était d’aucune aide cette nuit, avachi sur le siège passager, profondément endormi.
Il était minuit et demi lorsque l’infortunée créature bondit devant les phares de Connor, qui eut à peine le temps d’enregistrer son image tandis qu’il donnait un coup de volant, en une tentative désespérée pour éviter la collision.
Ça ne peut pas être ce que je crois…

Au fil des pages:

CECI EST UNE PUBLICITE POLITIQUE PAYANTE

L’ an dernier, un cambrioleur m’a enlevé mon mari âgé de trente-cinq ans. Il est entré par une fenêtre. Mon mari a essayé de le neutraliser et il a été tué. Rien ne me le ramènera. Mais je soutiens la proposition d’une loi visant à faire payer les criminels pour leur crime, chair pour chair.

Légaliser la fragmentation des criminels permettra de réduire la surpopulation carcérale mais aussi de fournir des organes vitaux pour les transplantations. De plus, grâce à la loi sur la Justice corporelle, une partie des recettes engendrées par la vente d’organes ira directement aux victimes de crimes violents et à leurs familles.

Dites oui à la Proposition de loi 73. Unis, nous restons debout; fragmentés, les criminels tomberont.

Financé par l’Alliance nationale des Victimes pour une Justice corporelle.

Otages Intimes, de Jeanne Benameur

otages-intimesEn voilà un bien beau bijou pour commencer dignement 2016; si toutes les lectures de cette année à venir pouvaient être aussi magiques….

Sans l’oeil expert de ma tendre Noukette, il y a fort à parier que je ne me serais pas penchée sur ces Otages Intimes, n’étant pas fan des  » petits » livres; le sujet du retour au pays d’un photographe de guerre après un long séjour en captivité ne m’attirait pas particulièrement; cela aurait été une bien belle erreur, j’en conviens!

D’abord, il y a cette plume, fluide et pure: des phrases courtes, des mots clés efficaces, un enchaînement des idées logique, un cheminement de la pensée si agréable à suivre. Otages Intimes a été pour moi, une pause dans ce passage du temps toujours plus anxiogène, une bulle de paix.

Si l’otage évident de ce récit à plusieurs voix est Etienne et si l’histoire semble être celle de son difficile ( impossible? ) retour au monde, le lecteur se rend vite compte que chacun des personnages évoqués ( geôliers compris ) est lui aussi prisonnier, otage d’une partie de lui-même. L’idée étant que nous sommes tous des territoires occupés, tous en état de confinement.

Les histoires individuelles sont autant de miroirs qui viennent apporter un éclairage nouveau sur celles des autres. Le tout est fait avec beaucoup de finesse, de subtilité, mais Dieu merci suffisamment de clarté pour que le lecteur comprenne ( car oui, je pense avoir compris une bonne partie du propos, et ce n’est pas si courant, hein?).

J’ai eu un gros coup de coeur pour certains des personnages, à savoir Irène, la mère du photographe, fragile et forte figure maternelle qui n’est pas sans sa part d’ombres et de secrets, et Emma, l’amante délaissée, trop longtemps prisonnière de l’attente de l’être aimé.

Otages Intimes, c’est aussi le trio magique : Etienne, Enzo et Jofranka, formé dans l’enfance, fraternité symbole d’espoir mais aussi de possibles confinements, de non-dits. J’avoue avoir eu du mal à cerner Enzo, le fils de l’Italien; Jofranka, « la petite qui vient de loin » fait partie du monde, elle a su y trouver sa place, l’apprivoiser, ce qui ne m’a pas permis de l’apprécier pleinement: trop en harmonie avec son entourage pour attirer ma sympathie.

J’ai été assez surprise par les dénouements proposés pour chacun des personnages; je ne m’attendais pas à ces portes ouvertes vers des lendemains meilleurs.

Une très belle lecture pour laquelle je remercie à nouveau ma Noukette adorée et l’opération des Matchs de la Rentrée Littéraire 2015 organisée par Price Minister qui a permis une si émouvante découverte. Nul doute que je chercherai à lire d’autres romans de Jeanne Benameur!

Le Pitch de l’éditeur:

Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde. Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l’ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner. Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ? De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

Les premières lignes:

Il a de la chance. Il est vivant. Il rentre.

Deux mots qui battent dans ses veines Je rentre. Depuis qu’il a compris qu’on le libérait, vraiment, il s’est enfoui dans ces deux mots. Réfugié là pour tenir et le sang et les os ensemble.
 Attendre. Ne pas se laisser aller. Pas encore. L’euphorie déçue, c’est un ravage, il le sait. Il ne peut pas se le permettre, il le sait aussi. Alors il lutte. Comme il a lutté pour ne pas basculer dans la terreur des mois plus tôt quand des hommes l’ont littéralement “arraché” de son bord de trottoir dans une ville en folie, ceinturé, poussé vite, fort, dans une voiture, quand toute sa vie est devenue juste un petit caillou qu’on tient serré au fond d’une poche. Il se rappelle. Combien de mois exactement depuis ? il ne sait plus. Il l’a su il a compté mais là, il ne sait plus rien.

Au fil des pages:

Son pas aura désormais cette fragilité de qui sait au plus profond du coeur qu’en donnant la vie à un être on l’a voué à la mort.. Et plus rien pour se mettre à l’abri de cette connaissance que les jeunes mères éloignent instinctivement de leur sein. Parce qu’il y a dans le premier cri de chaque enfant deux promesses conjointes : je vis et je mourrai. Par ton corps je viens au monde et je le quitterai seul. Il n’y a pas de merci. Et toute cette attente et tout ce travail de l’enfantement mènent à ça…. Irène pense au visage des madones. Mais ce n’est pas au visage qu’on reconnait les mères, c’est à la marche et aucun peintre jamais n’a montré comment marchent les madones : leur pas hésitant, le seul qui vaudrait, on ne peut le contempler sur aucun tableau

Les Brumes de Riverton , de Kate Morton

brumes

Vous le croirez ou pas, mais Kate Morton est une auteur: 1. Australienne, 2. tout ce qu’il y a de plus contemporaine. C’est pourtant bien à une véritable plongée dans la Haute Société britannique de l’ère victorienne à laquelle nous convie Les Brumes de Riverton.

Impossible de ne pas évoquer la série Downtown Abbey  et The Remains of the Day question ambiance: proprement magique comme dépaysement! Les fans apprécieront.

Le traitement de l’impact de la Première Guerre mondiale sur les soldats survivants et l’aspect sociologique version lutte des classes n’est pas sans intérêt et donne indéniablement une note culturelle à l’ensemble: instructif donc ( bon, faut pas trop pousser non plus…), mais pas rasoir.

A travers les yeux de l’ancienne femme de chambre désormais âgée de 99 ans et au seuil de la mort, nous faisons connaissance avec la mystérieuse et prestigieuse famille Hartford en ce tout début de 20ème siècle. Au centre de l’intrigue, un duo de soeurs : la douce et raisonnable Hannah et l’exubérante Emmeline; tandem aussi attirant que dangereux pour les hommes qu’elles attireront dans leur filets, mais aussi pour la fragile Grace qui n’aura de cesse de se brûler les ailes à la lumière de leurs jeux d’enfants puis de femmes.

Bon, du coup, oui c’est fleur bleue, un chouille gnan gnan mais ça fait rêver les plus romantiques d’entre nous.

Le Pitch:

Eté 1924, dans la propriété de Riverton.
L’étoile montante de la poésie anglaise, lord Robert Hunter, se donne la mort au bord d’un lac, lors d’une soirée. Dès lors, les soeurs Emmeline et Hannah Hartford, seuls témoins de ce drame, ne se sont plus adressé la parole. Selon la rumeur, l’une était sa fiancée et l’autre son amante…

1999. Une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de ce scandale et s’adresse au dernier témoin vivant, Grace Bradley, à l’époque domestique au château.

Grace s’est toujours efforcée d’oublier cette nuit-là. Mais les fantômes du passé ne demandent qu’à se réveiller .

Les Premières lignes:

LES SPECTRES S’ÉVEILLENT

Au mois de novembre dernier, j’ai fait un cauchemar.
On était en 1924 et je me retrouvais à Riverton. Toutes les portes-fenêtres étaient ouvertes et la brise estivale gonflait les rideaux de soie. Un orchestre jouait, juché sur le talus couronné par le vieil érable, et les violons déroulaient leur mélopée dans la tiédeur ambiante. L’air était vibrant de rires et de sons cristallins, le ciel était d’un bleu que nous avions tous cru disparu à jamais, détruit par la guerre. Un des valets en livrée noir et blanc versait du Champagne dans l’étage supérieur d’une pyramide de flûtes, et tout le monde applaudissait, enchanté, devant ce splendide gâchis.
Je me suis vue comme on se voit en rêve, allant et venant parmi les invités. Je me déplaçais lentement, beaucoup plus que dans la vie, et autour de moi les gens formaient un grand flou de paillettes et de soieries.

Au fil des pages:

Alors que les mites ont dévoré des pans entiers de mes souvenirs récents, je découvre que le passé lointain, lui, est clair et net. Ils ont tendance à revenir souvent me rendre visite, ces spectres du passé, et je constate avec étonnement qu’ils ne me dérangent pas outre mesure. En tout cas, pas autant que je l’aurais cru. Au contraire , les fantômes que j’ai fuis toute ma vie m’apportent un certain réconfort; je les accueille volontiers. J’avais oublié, je crois qu’il n’y avait des souvenirs lumineux au milieu de toute cette noirceur.

Revival, de Stephen King

revival

Oui, j’avoue, je l’attendais ce nouveau King, avec impatience mais aussi avec crainte; après les énooormes coups de coeur qu’ont été pour moi  Duma Key  ou 22/11/63, récemment, il se trouve que j’avais eu plus de mal avec Joyland ou Mr.Mercedes et je redoutais une nouvelle  » déception ».

Je mets les guillemets parce qu’entendons nous bien: du King reste du King et l’écriture reste toujours aussi magique .

Parce que je vous dois la vérité, Revival m’a beaucoup fait penser à Joyland: même « construction » même esprit , mais avec des thèmes totalement nouveaux: à savoir, principalement ceux de la Religion, de la Rédemption, de la nostalgie des années 60, de l’addiction, le tout en mode foudre et Rock’n Roll.

Revival, c’est aussi l’étrange et destructrice relation entre 2 hommes:  un petit garçon âgé de 6 ans, nommé Jamie Morton qui va grandir puis vieillir, et le Révérend Charles Jacobs, un prédicateur fou aux intentions ambigues.

Une intrigue qui monte crescendo et s’achève sur un final proprement « Kinguesque », ( du pur bonheur!!!) certes, mais attendre plus de 500 pages avant d’avoir le grand frisson, c’est dommage.

Autre bémol, mais là seules ces fichues maisons d’édition sont coupables, cet accent mis en 4ème de couverture sur les références à Lovecraft, Poe et Hawthorne: ils nous mettent de l' »hommage » là où, à mon sens, il n’y a que de subtils clins d’oeil, qui du coup ne le sont plus, subtils. Revival m’ a par contre fait davantage penser à Frankenstein de Mary Shelley: mais c’est sûrement moins « vendeur », plus classique.

Une lecture sympathique, donc, comme quand on retrouve un ami de longue date mais pas de coup de foudre non plus.

Le Pitch:

Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.

Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens… Et qu’il y a bien des façons de renaitre !

Les premières lignes:

Ma Némésis. Les Boches. Le Lac de la paix.

Par un aspect au moins, nos vies ressemblent à des films. Les personnages principaux sont les membres de notre famille et nos amis. Les rôles secondaires sont tenus par nos voisins, nos collègues, des profs et des connaissances. Il y a aussi les petits rôles sans grande importance : la caissière du supermarché avec son joli sourire, le sympathique barman du troquet du coin, les types avec qui vous faites de la gym trois fois par semaine. Et bien sûr, des milliers de figurants – ces gens qui passent dans la vie de tout un chacun comme de l’eau à travers une passoire, croisés une fois et jamais revus.

Au fil des pages:

– Merde, les garçons, c’est pas ça, le blues.
– Qu’est-ce que tu veux dire, Grampa ? demanda Ronnie.
– Le blues, c’est une musique qui a la rage. Ce p’tit gars, on aurait dit qu’y venait de pisser au lit et qu’il avait peur que sa môman s’en aperçoive.  »
Ça fit rire les garçons, en partie d’amusement, en partie de surprise de découvrir qu’Hector avait de l’étoffe comme critique musical.
 » Attendez voir « , leur dit-il.
Et il monta lentement l’escalier, se hissant de marche en marche en tirant sur la rampe de sa main noueuse. Hector resta absent si longtemps que les garçons avaient presque oublié qu’il devait redescendre quand il reparut, tenant une vieille Silvertone déglinguée par le cou. La caisse était rayée et rafistolée avec un bout de corde à foin effilochée. Les clés étaient de guingois. Hector s’assit en lâchant un grognement et un pet et remonta la guitare sur ses genoux osseux.
 » Éteignez-moi cette merde « , dit-il.
Ronnie obéit – le Hoot était bientôt terminé, de tout façon.
 » Je savais pas que tu jouais de la guitare, Grampa, dit-il.
– Pas joué depuis des années, répondit Hector. Mise au rencart quand l’arthrite a commencé à mordre. Je sais même pas si je suis encore capable d’accorder cette garce.
– Ton langage, papa « , cria Mme Paquette depuis la cuisine.
Hector le Barbier ne lui prêta aucune attention ; sauf s’il avait besoin qu’elle lui passe le plat de purée, il lui prêtait rarement attention. Il accorda la guitare lentement tout en marmonnant des grossièretés dans sa barbe, puis joua un accord qui effectivement ressemblait un peu à de la musique.

Les Déconnectés, Les Fragmentés T2 de Neal Shusterman

déconnectes

Oui, je sais : je ne vous ai que trop négligés et là je déboule avec le tome 2 d’une série en mode dystopie sans même vous avoir parlé du tome 1: honte à moi!

Bref! Vous dire tout de même que ce premier volume était très mais alors très bien: bien longtemps que je n’avais pas lu un « jeunesse » aussi riche, aussi bien pensé et construit: avec cette fameuse notion de « fragmentation », un genre d’IVG à posteriori qui règlerait les problèmes de nos sauvageons tout en fournissant des organes viables aux plus favorisés, Neal Shusterman a visé juste.

Les personnages aux histoires singulières donnent au récit une dimension plus complexe qu’il n’y parait, loin de tout manichéisme.

Alors que je pensais le premier opus déjà très bon, j’ai eu l’agréable surprise de trouver le second encore meilleur: je vous jure! Quand on pensait que toutes les cartes avaient été distribuées et les destins tracés, Les Déconnectés vient tout chambouler; avec de nouveaux personnages, certes mais aussi le retour des « héros » Fragmentés.

Certains thèmes effleurés dans le premier tome sont ici creusés comme l’origine de la fragmentation, l’organisation de la Rebellion ou la problématique spécifique des Refusés; l’insertion de messages de propagande sous forme d’annonces publicitaires ou d’informations officielles donnent un cachet réaliste assez sympathique.

Une réussite à faire découvrir aux « djeuns » au plus vite, sinon: FRAGMENTATION! La suite! la suite!

Le Pitch:

Dans une société traumatisée par la Seconde Guerre civile, une loi autorisant la fragmentation a été votée. Celle-ci stipule que tout parent peut décider de « résilier » son enfant rétroactivement.
Réfugiés dans un cimetière d’avions de l’Arizona, Connor et Risa ont réussi à échapper à ce sort funeste. Au beau milieu du désert, ils accueillent des centaines d’adolescents qui, comme eux, ont décidé de résister. Peuvent-ils encore changer une société qui considère leur vie comme un bien de consommation ?

Les Premières lignes:

Rufus

Il était en plein cauchemar quand ils vinrent le chercher.

Une terrible inondation engloutissait la terre, tandis qu’au centre de ce cataclysme un ours l’attaquait. Il était plus agacé que terrifié. Comme si l’inondation ne suffisait pas, il fallait que son esprit torturé lui envoie un grizzly en furie pour le réduire en pièces.

On le tira soudain par les pieds, l’arrachant aux griffes de la mort et à la noyade apocalyptique.

— Debout ! Maintenant ! Allez !

Il ouvrit les yeux dans une chambre bien éclairée, pourtant censée être plongée dans le noir. Deux Frags le malmenaient, lui agrippant les bras pour l’empêcher de se débattre avant même qu’il soit bien réveillé.

— Arrêtez ! Qu’est-ce qui se passe ?

Des menottes. Autour de son poignet droit d’abord, puis du gauche.

— Debout !

Au fil des pages:

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